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Joseph Heath, Andrew Potter

RÉVOLTE CONSOMMÉE

LE MYTHE DE LA CONTRE-CULTURE

Trad. de l'anglais par Michel Saint-Germain et Élise Bellefeuille
Trécarré, Montréal, 2005
428 pages
29,95 $

Si vous possédez un t-shirtvert kaki avec une étoile rouge au centre ou si vous avez une affiche du Che Guevaradans votre salon ou, encore, si vous portiez des vêtements Mountain Equipment Coop lors des manifestations du Sommet de Québec en 2001, vous devez lire Révolte consommée de Joseph Heath et Andrew Potter.

Les auteurs postulent, avec intelligence, que la perception – largement répandue de nos jours – qui veut que l’avancement et le développement de la société participent à la « répression de notre nature instinctuelle » émanerait de théories exprimées par Freud au début du XXe siècle et que cette vue de l’esprit aurait grandement participé à la naissance des mouvements contre-culturels des années 1960. La théorie freudienne de l’inconscient ne serait, justement, qu’une théorie, car, si nous étions « directement conscient » de notre subconscient, « il ne serait plus subconscient ».

Comme il faut bien se nourrir, se vêtir, se déplacer, il semble impossible de ne pas consommer, de ne rien acheter. Chacun de nos choix – ou de nos non-choix – fait ainsi partie de l’équation marchande. Il n’y a aucune conspiration machiavélique ni aucun plan global d’assujettir tous les besoins humains au capitalisme. Il n’y a qu’un équilibre reposant sur l’offre et la demande. Ainsi, choisir et encourager l’épicier du coin plutôt que l’impersonnelle épicerie géante de la banlieue ne permet, au bout du compte, qu’à ces deux commerces de survivre. En effet, si tout le monde choisissait l’épicier du coin, les adaptations nécessaires pour répondre à la demande croissante feraient qu’il ne serait plus un « épicier de coin de rue ». Fataliste ? Simpliste ? Au contraire ! Les auteurs offrent un point de vue réaliste duquel sont absentes les élucubrations sociales qui habitent trop souvent le discours des rebelles qui en sont venus à croire que « [f]aire du théâtre d’intervention, de la musique avec un groupe ou de l’art d’avant-garde, prendre des drogues et baiser comme des bêtes [ ] » étaient des activités plus « subversives que la politique traditionnelle de gauche, parce qu’elles attaquaient les sources de l’oppression et de l’injustice à un niveau plus profond ».

Publié le 17 juin 2006 à 13 h 16 | Mis à jour le 9 janvier 2015 à 11 h 47