Numéro 101

Claude Vaillancourt

RÉVERSIBILITÉ

Triptyque, Montréal, 2005
251 pages
20 $

Émilien Charles, un poète arrogant, est décidé à revoir Julie, une pianiste québécoise qu’il a connu en France il y a plusieurs années. Le Parisien débarque donc à Montréal, quelques indices en poche. D’abord lancé sur la piste d’une autre Julie Tremblay, le jeune homme multiplie les tentatives afin de retrouver la musicienne qui a brièvement traversé sa vie. Au fil de ses recherches et de ses conversations avec des gens qui ont connu cette pianiste de grand talent, Émilien découvrira que la vie n’est pas réversible, et qu’il est parfois impossible de racheter le passé.

Le professeur, romancier, essayiste et musicien Claude Vaillancourt livre, avec Réversibilité, son quatrième roman. Correctement écrit et, de façon générale, bien mené, cet ouvrage réserve toutefois peu de surprises à son lecteur. Alternant entre les narrateurs et les époques (Émilien, aujourd’hui ; Julie, il y a six ans), Réversibilité se veut le récit d’une « touchante histoire d’amour ». Si, tout au long de son ouvrage, l’auteur s’attarde à brosser le portrait des principaux protagonistes, il ne réussit cependant pas à montrer en quoi la liaison du poète et de la pianiste a été marquante, ni de quelle façon cette brève et inachevée relation peut s’avérer touchante.

En bout de parcours, plusieurs éléments affaiblissent effectivement la portée du récit, que les premiers chapitres laissaient pourtant croire prometteur. Entre autres maladresses, les motivations passées d’Émilien demeurent obscures ; les sentiments de Julie pour Reinhardt, son premier amant parisien, semblent nettement plus réels et authentiques que ceux qu’elle aurait éprouvés pour le poète ; les brusques changements survenus dans la vie récente de la jeune femme apparaissent plus ou moins fondés ; enfin, le jeu autour de la notion de miroir, qui traverse tout le roman, manque de force pour s’avérer convaincant. Bref, avec Réversibilité, Claude Vaillancourt semblait avoir dressé la table pour un savoureux repas ; or, le lecteur repart malheureusement non rassasié du banquet auquel il a été convié.

Publié le 27 novembre 2005 à 13 h 48 | Mis à jour le 27 novembre 2005 à 13 h 48