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Gérard Bouchard

RAISON ET CONTRADICTION

LE MYTHE AU SECOURS DE LA PENSÉE

Nota bene, Québec, 2003
130 pages
9,95 $

Gérard Bouchard s’intéresse ici aux imaginaires collectifs, entendus comme « tout ce qui compose une vision du monde ». Les imaginaires, produits par la primauté de certains discours sur d’autres, conservent leur valeur au sein des collectivités qui s’en trouvent définies, en dépit de contradictions en apparence insurmontables. Comme l’écrit l’auteur, « le langage courant de la politique abonde en propositions antinomiques (ou en oxymores) : soyons libres et égaux, progressistes et conservateurs ». Ces oxymores entraîneraient la formation de trois grands types de pensée, soit radicale, organique et équivoque, au sein desquels les mythes agissent avec plus ou moins de succès comme des conjonctions.

Alors qu’il s’agit pourtant d’un élément capital, Gérard Bouchard borne en appel de notes le discours à « son acception restreinte d’énoncé langagier, oral ou écrit ». Il manque alors nécessairement à sa première articulation de l’imaginaire, faune d’images, ses espèces. Par exemple, si je reprends la Révolution française comme illustration de la pensée radicale, il aurait mieux convenu de souligner que « Révolution française » a en soi valeur de mythe, dont les thèmes « liberté, égalité, fraternité » et « raison » ne sont que des parties, et intangibles encore. Sans arrêt sur image sur des événements, des textes, des mythèmes, pour emprunter le terme de Claude Lévi-Strauss, la notion même de mythe paraît superflue.

Aussi, n’en déplaise à l’auteur, qui affirme que son mythe « participe davantage de l’esprit de Claude Lévi-Strauss [ ] que de Roland Barthes », Raison et contradiction est beaucoup plus près de Mythologies que de l’Anthropologie structurale. Alors que Gérard Bouchard écrit que le mythe, pour Barthes, n’est qu’ « une supercherie de la raison », la définition que l’on trouve dans « Le mythe, aujourd’hui » qui termine l’ouvrage cité du pauvre Barthes m’apparaît pourtant aller dans le même sens que le propos de son essai. Le mythe en effet s’y lit comme une « parole dépolitisée », libérée de son ancrage contextuel, propre à représenter un « monde sans contradictions parce que sans profondeur ».

Publié le 3 octobre 2003 à 12 h 03 | Mis à jour le 3 octobre 2003 à 12 h 03