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Numéro 98

Albert Memmi

PORTRAIT DU DÉCOLONISÉ ARABO-MUSULMAN

ET DE QUELQUES AUTRES

Gallimard, Paris, 2004
170 pages
27,95 $

23 décembre. Je suis dans le métro de Montréal et je reviens de faire quelques emplettes de dernière minute, Noël oblige : quatre CD (selon l’abréviation consacrée en anglais) : Taima, Pierre Lapointe, Tryo et Taraf de Haïdouks. On est multiculturel ou on ne l’est pas ! Je rêvasse, puis je replonge dans le dernier essai d’Albert Memmi. Ce nouveau portrait présente trois figures : l’ex-colonisé, nouveau citoyen de l’hypocrisie mondialiste, l’immigré, en transit dans les dédales de l’absurde, et son fils et sa fille, nés dans le monde de 1984. Je lis lentement le désastre, une fois de plus. L’instabilité, la corruption, la ghettoïsation, la perfidie généralisée, l’horreur, le mensonge, la pauvreté, l’humiliation et le silence télévisé et worldwidenetté

… et jusque dans notre totalitarisme soft, aussi hypersophistiqué que caricaturalement préhistorique. Je ne peux pas ne pas citer ce passage qui, pour sembler lapalissade, ne l’est aucunement : « Toute société est violente certes. Peut-être, plus fondamentalement, n’avons-nous pas su jusqu’ici maîtriser la violence qui est en nous ; nous n’avons su que lui opposer une autre violence, au lieu de mettre toute violence hors-la-loi ». C’est ici la question de la relation entre la pulsion de mort et la perversion, constitutives de l’être, qui se trouve à nouveau posée et portée sur le plan politique. Mettre toute violence hors-la-loi, est-ce même possible ? Il y a là tant à penser du côté de la sublimation individuelle et collective, du côté de l’humanisme qu’Albert Memmi appelle contre la tyrannie et la cruauté. Mais la pensée semble avoir déserté la Terre. Combien d’intellectuels opportunistes s’empressant, avec les masses autistes, de voter pour le parti qui les aliène mais les conforte pour un Memmi, une Taslima Nasreen, un Hubert Reeves, un Richard Martineau, une Antoinette Fouque ou un Joseph Stiglitz ? L’analyse de Memmi est sans appel, sans utopie, sans illusions. Car par-delà les morts du World Trade Center – où se négocient à la livre des millions de vies humaines chaque jour -, les incluant, un constat effarant : Darfour, Kosovo, Rwanda, Mauritanie, Haïti, Algérie, Tchad, Irak, Arménie, Burundi, Colombie, Tibet, Timor-Oriental… la liste s’allongerait infiniment… Y’a du boulot !

Publié le 17 février 2005 à 17 h 10 | Mis à jour le 17 février 2005 à 17 h 10