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NUIT BLANCHE

Plessis est l’histoire d’une enquête imaginée autour de la mort, à 69 ans, de l’ex-premier ministre provincial unioniste Maurice Duplessis, survenue le 7 septembre 1959 dans la ville minière de Schefferville, sur la Côte-Nord, des suites d’une hémorragie cérébrale. 

À partir de ce fait historique qui sert de fil conducteur, le narrateur raconte l’investigation menée par un jeune brigadier trifluvien fictif, Paul-Émile Gingras, sur les ordres de Joseph-Damase Bégin, dit Jos-D., alors réel ministre de la Colonisation et bras droit du défunt. Car diverses théories de complot d’assassinat circulent.

Dernier entré dans la police de Trois-Rivières et peu doué pour le rôle de détective, Gingras se rend à Schefferville avec le « poète amateur » Gérald Godin, dit Gégé, journaliste au Nouvelliste. Il commence son enquête en questionnant Auréa Cloutier, 66 ans, secrétaire célibataire de Duplessis depuis 36 ans. Puis il va voir le sympathique bibliothécaire Jean-Charles Bonenfant, de même que le vulgaire Walter Duchesnay, garde du corps du premier ministre. Plusieurs autres suivent.

En voiture banalisée, Gingras va ainsi de Trois-Rivières à Québec, à Schefferville, à Montréal… Durant cette course à la vérité, le narrateur fait état d’une foule de faits où la réalité le dispute à la fiction : telles sont les multiples manipulations d’une mystérieuse mallette noire, la construction puis la chute du pont Duplessis, « prophétis[é] » comme « aussi solide que l’Union nationale ».

L’avant-dernier chapitre se présente comme le bilan que fait Duplessis de sa vie sociopolitique : une fois descendu au fond du trou de la mine où son auto a été précipitée, le chef finit par s’emporter et en arrive à perdre le fil de son discours, qui demeure inachevé !

Ce récit, où se mêlent allègrement l’histoire et la fiction, provient du regroupement de « plusieurs historiettes de natures différentes [que] j’avais en banque », affirme l’auteur ; « j’avais une bonne cinquantaine de chapitres portant sur divers sujets qu’il m’a fallu réunir et ordonner », continue-t-il. De là, sans doute, la structure un peu lâche d’un ensemble dans lequel, en revanche, l’invention verbale se déploie remarquablement. Joël Bégin est un créateur jouant sur plusieurs tableaux à la fois, en joual ou en français orthodoxe. Son imagination puise dans le réel historique autant qu’elle conçoit des situations farfelues, dont le corps de Duplessis avec la tête coupée puis recousue n’est pas le seul exemple. L’humour côtoie la désinvolture, l’irrespect, l’ironie, voire le cynisme.

L’écrivain explique par ailleurs ainsi le titre de son roman : « Un plessis, c’est une clôture d’arbres qui sont tressés ensemble et qui poussent ensemble. Je trouvais que c’était une image qui représentait bien le résultat final ».

Comme il le déclare lui-même, l’auteur a « comblé les interstices de l’histoire par de la littérature en donnant libre cours à [s]on imagination ». La réussite est au rendez-vous.

 

 

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