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Numéro 142

Claudine Dumont

LA PETITE FILLE QUI AIMAIT STEPHEN KING

XYZ, Montréal, 2015
184 pages
21,95 $

L’impressionnante maîtrise qu’exerçait Claudine Dumont sur l’écriture dès son premier roman étend son domaine à l’art de la suggestion sans rien perdre de son premier empire : son contrôle sur le style se confirme, tandis que s’ajoute et s’étale dans ce second roman l’art redoutable d’influencer les émotions du lecteur. Résister au conditionnement que perpètre Claudine Dumont devient agréablement ardu.

La suggestion débute dès le titre. Évoquer Stephen King, c’est, en effet, mobiliser le renom d’un maître de la tension. C’est promettre la peur, le frisson, la panique. Comme si le docteur ès terreur garantissait une juteuse satisfaction aux friands d’horreurs.

Claudine Dumont enchaîne en multipliant ses propres promesses de désastre. Avant le malheur, elle prédit le malheur. « Je ne me suis pas demandé ce que c’était, ‘autre chose’. J’aurais dû, avant de sortir pour l’anniversaire de notre père. J’aurais dû. » Aucun malheur n’a encore frappé, mais le lecteur frissonne déjà. Comment pourrait-il ne pas se fier à l’auteure qui, elle, en connaissance de cause, annonce le pire ?

Ce nouvel arsenal se greffe sur celui qui donnait à Anabiose (XYZ, 2013) sa force de frappe : la plasticité de la rédaction, sa parfaite connivence avec les exigences de l’intrigue, la ponctuation variant selon la tension souhaitée. « Je me demande si je vais pouvoir me rendormir, moi. Ce soir. Cette nuit. Un jour. Qu’est-ce que je peux faire ? Je ne peux pas la laisser tomber. » Toujours la menace d’un futur écrasant. L’intrigue n’a plus qu’à construire sur ces solides assises.

Julie, sœur aînée d’Émilie, réussit mieux que leur mère à gérer l’autisme de sa cadette. L’école spécialisée que fréquente Émilie recourt donc à Julie quand surviennent les crises. Nul ne réagit, par conséquent, quand les deux sœurs osent une promenade dans un champ de maïs géants où elles perdent tout repère. Lorsque Émilie glisse au fond d’une crevasse inattendue, les secours mettront plus de 30 heures à en extirper l’adolescente terrifiée. Dès lors, Émilie chavire. Elle régurgite tout ce que propose la cuisine familiale, mange tout ce qui répugne, menace autrui, se mutile de cent façons. Le monde de Stephen King devient le sien, menaçant et implacable.

Claudine Dumont a tenu parole : Émilie sombre dans l’horreur et entraîne Julie à sa suite. Y a-t-il une issue ? Récit étouffant que King aurait jugé digne de sa signature.

Publié le 10 avril 2016 à 16 h 03 | Mis à jour le 7 avril 2016 à 12 h 56