Persona

Erik Axl Sund

PERSONA

LES VISAGES DE VICTORIA BERGMAN 1

Trad. du suédois par Rémi Cassaigne
Actes Sud, Arles, 2013
475 pages
34,95 $

Les auteurs Jerker Eriksson et Håkan Axlander-Sundquist, duo suédois connu sous le nom d’Erik Axl Sund, voient large et loin. Bien qu’ils n’aient publié qu’un seul roman, Persona, ils annoncent déjà les deux autres volumes de la trilogie Les visages de Victoria Bergman, soit Trauma et Catharsis. On aura compris la thématique que ces auteurs pour le moins improbables désirent développer. Il faut savoir que si Axlander-Sundquist est le chanteur-vedette d’un groupe d’électro-punk, Eriksson en est le producteur, en même temps que bibliothécaire de prison.

En psychologie, persona peut définir quelqu’un qui possède une fausse personnalité, une fausse identité. Lorsque le « moi » et la « persona » fusionnent, disent les experts, l’individu peut se prendre pour celui qu’il est aux yeux des autres et non pour ce qu’il est vraiment.

Le roman peut alors commencer.

La psychothérapeute Sofia Zetterlund est aux prises avec deux patients difficiles, deux cas de personnalité multiple. « Ces personnes étaient très difficiles à traiter, elle le savait. » Le lecteur bascule ainsi dans l’univers glauque des enfants martyrs, des histoires plus dramatiques les unes que les autres dont s’occupe l’inspectrice Jeanette Kihlberg. Violence, pédophilie, inceste, pères agresseurs et mères silencieuses, meurtres morbides, combats humains, enfants soldats, esclavagisme, tout y passe. Cœurs sensibles, s’abstenir.

Le chassé-croisé entre les deux femmes, entre ces professionnelles qui tentent chacune à sa manière de résoudre l’énigme, est le fil d’Ariane de l’intrigue. Pourquoi leurs vies sentimentales et maritales sont-elles si compliquées ? Pourquoi la commissaire Kihlberg ne réagit-elle pas lorsque tout sombre autour d’elle, mariage, travail, relation avec son fils ? Jusqu’où ira leur relation ? « Tous ces hommes qui, d’une façon ou d’une autre, avaient une influence sur sa vie et dont, bien souvent, elle aurait trouvé beaucoup plus facile de se passer. »
L’écriture à quatre mains n’est jamais aisée. Il est impossible de savoir si la structure alambiquée de Persona en est l’empreinte ou pas. La trame non linéaire du livre, c’est le moins qu’on puisse dire, se situe dans un espace-temps en allers-retours, où se rencontrent personnages dédoublés et victimes dépersonnalisées. Le lecteur travaille fort pour s’y retrouver.

La tension dramatique se poursuit jusqu’à la dernière page, jusqu’à la finale en suspens (ou cliffhanger), alors que les deux écrivains nous convient avec insistance à poursuivre la lecture de leur œuvre. Le premier volet de la trilogie n’a pas répondu aux questions posées en quatrième de couverture : « À quel moment la victime se mue-t-elle en prédateur ? Et peut-on être mauvais si on ne ressent aucune culpabilité ? » Le deuxième volume, Trauma, saura-t-il le faire ?

Publié le 7 avril 2014 à 13 h 31 | Mis à jour le 12 novembre 2014 à 15 h 17