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Svetislav Basara

PERDU DANS UN SUPERMARCHÉ

Trad. du serbe par Gojko Lukic
Les Allusifs, Montréal, 2008
177 pages
21,95 $

Irrévérencieux, dit-on de Svetislav Basara, cet écrivain ex-yougoslave né en 1953 dans une petite ville serbe, à la frontière de la Bosnie. La vingtaine de nouvelles de Perdu dans un supermarché sont dans la continuité de l’écriture déroutante de l’auteur, par ailleurs toujours finement ciselée.

« Svetislav est là ? – Non, répond ma mère, ça fait deux jours qu’il n’est pas là. – Mon Dieu, où suis-je ? » Basara se cherche dans sa propre maison et souvent dans le vaste monde. Et dans un supermarché, pourquoi pas. Héritier de l’autodérision propre aux artistes de l’Europe centrale, l’auteur construit et déconstruit ses histoires plus souvent qu’à son tour. Au milieu de ces textes sans queue ni tête, le lecteur est aussi perdu que l’écrivain et ne sait plus où il en est, ce qui, du reste, n’est pas du tout désagréable.

Dans ce huitième livre traduit en français – le vingtième de l’écrivain -, l’anarchique Basara illustre ses propos décousus en introduisant dessins, bandes dessinées et photos dans le corps du texte, comme l’ont fait avant lui ses contemporains Orhan Pamuk et W. G. Sebald. Le roman abonde en références à la musique, à la littérature et au cinéma européens et américains, par jeu peut-être, ou pour mieux se situer et nous situer, qui sait.

Avec coquetterie, Basara fait signe à Kafka, à qui on le compare parfois : « J’ai décroché le combiné, inquiet à l’idée qu’en lisant ces lignes Calcium Sandoz pût dire que ça ressemblait trop à Kafka ». Clin d’œil aussi à son compatriote Albahari, superbe auteur dont le style est par contre à mille lieues du sien : « […] une biographie est en fait une description de la mort, comme dirait David Albahari ».

Baigné d’un narcissisme dérisoire de bon aloi, Perdu dans un supermarchéa un côté rigolo ; Dieu, par exemple, répond au téléphone et l’auteur se plaint de sa condition humaine : « C’est pourquoi je ne puis marcher sur l’eau ». Demeurons cependant attentifs aux comparaisons faciles, Basara n’est pas à la littérature ce que Kusturica est au cinéma. Tous deux voguent dans des univers fort différents.

Publié le 14 décembre 2008 à 9 h 40 | Mis à jour le 4 décembre 2014 à 19 h 45