Numéro 78

Robert Desnos

ŒUVRES

Gallimard, Paris, 1999
1395 pages
49,50 $

Dans son premier Manifeste, André Breton disait de Robert Desnos : « Il est celui d’entre nous qui, peut-être, s’est le plus approché de la vérité surréaliste. » De fait, Robert Desnos apparaît aussi indispensable au mouvement surréaliste que celui-ci a favorisé l’émergence de son talent ; sans sa contribution, par exemple, à ce que Louis Aragon devait appeler « la période floue » (vers 1922-1923), ce serait tout un pan du surréalisme qui aurait vraisemblablement avorté.

Surréaliste particulièrement inspiré, écrivain protéiforme, amoureux écorché vif qui n’aura de cesse d’explorer le langage poétique en accord avec l’amour et l’érotisme, Robert Desnos a tour à tour publié des poèmes, des romans, des reportages journalistiques, des critiques d’art, des critiques littéraires ou cinématographiques ; produit des scénarios, des chansons, des créations et des émissions radiophoniques ; rédigé un récit de voyage, des pages de journal… Une publication récente, qui réunit en un seul volume les œuvres complètes de Desnos, nous fait prendre plus proprement conscience de cette diversité d’écriture. L’édition d’Œuvres est établie et présentée par Marie-Claire Dumas, qui travaille sur Desnos depuis une vingtaine d’années. Les textes du poète sont présentés chronologiquement (jusqu’en 1945, date de la mort prématurée de l’écrivain) ; l’édition respecte ici la date de publication des ouvrages, à quoi s’ajoutent les publications posthumes, des textes publiés en revue depuis longtemps introuvables et certains inédits, tous intégrés suivant leur date de rédaction. Par ailleurs, Marie-Claire Dumas introduit brièvement, sans alourdir les textes auxquels elle laisse toute la place, chaque période de production au moyen d’indications factuelles qui contextualisent efficacement les textes. Une iconographie abondante aère l’ensemble.

Occasion idéale, donc, pour découvrir une figure majeure du surréalisme, à laquelle André Breton, Louis Aragon et Paul Éluard ont sans doute fait un peu trop d’ombre, en bonne partie en raison des circonstances socio-historiques : tandis que Robert Desnos meurt en déportation en 1945, Aragon et Éluard publient une poésie de la résistance qui du jour au lendemain en fait les premiers poètes de la France… Reste à souhaiter une pareille publication qui réhabiliterait un autre surréaliste, Benjamin Péret, figure de premier plan trop négligée.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 20 décembre 2014 à 19 h 37