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Mode lecture zen

NUIT BLANCHE

Pour qui s’intéresse à l’écriture, voire aux différents processus de création, les carnets d’écrivain sont source à la fois de complicité, de stimulation intellectuelle et d’encouragement à poursuivre sa propre voie.

Dans la collection « Carnets d’écrivains » dirigée par Robert Lalonde, Gaëtan Brulotte vient de faire paraître Nulle part qu’en haut désir, carnet qui retrace son parcours d’écrivain tout en questionnant le rôle aujourd’hui dévolu à la littérature. Gaëtan Brulotte s’est toujours efforcé de mettre en évidence la fragilité de toute chose, la part de lumière qui émane de l’ombre, tout en s’opposant à toute forme de déshumanisation, d’appauvrissement de la pensée, d’abdication devant la montée d’une pensée unique.

Pourquoi encore écrire ? s’interroge d’entrée de jeu Gaëtan Brulotte, qui se désole de la place dévolue aujourd’hui aux écrivains. Il énonce clairement la réponse, déclinée à plusieurs reprises sous des angles différents : « Pour développer une attention extrême au monde, stimuler la vigilance, maintenir un état d’alerte ». Dans la passion et l’enchantement, s’empresse-t-il de préciser. Ou, comme il le rappelle, « le désir d’écrire est infiniment d’écrire le désir ». La forme libre du carnet lui permet d’opérer un retour sur sa pratique, sur la réception critique qu’ont connue ses œuvres, le regard que lui-même porte sur ces dernières et l’accueil qu’elles ont suscité, ainsi que d’expliciter les intentions de départ, les écueils parfois rencontrés. Les précisions qu’il apporte, notamment au regard des notions de réel et de réalité, sont fort éclairantes.

L’importance accordée à la lecture des œuvres est indissociable de l’apprentissage de l’écriture, insiste Gaëtan Brulotte qui enseigne la littérature depuis plus de 50 ans. Les pages consacrées au thème de l’exil – tant géographique que linguistique – mettent en lumière la problématique particulière qui se pose aux écrivains québécois quant au registre linguistique qu’ils adopteront dans leur pratique. Brulotte y revendique le droit de n’être le porte-drapeau d’aucune cause, sinon d’un idéal d’humanisme qui place la liberté comme valeur suprême.

Les sujets abordés dans ce carnet sont multiples. Ils concernent les aspects tant théoriques que pratiques liés au style, au rythme d’un texte, à la notion d’espace qui s’y déploie, au temps, aux personnages. Fervent défenseur de la nouvelle, Gaëtan Brulotte consacre une section à l’art de la brièveté et expose ses vues sur la pratique actuelle, autant sous l’angle du texte que sous celui du regroupement qui compose un recueil.

En guise de conclusion, Gaëtan Brulotte nous offre un texte, fort judicieusement intitulé « Promesse de conclusion », qui se donne à lire comme une nouvelle. Une fiction théorique, pour reprendre ses termes, qui, à son tour, adopte la forme d’une conférence livrée dans le cadre d’un colloque universitaire. Brulotte illustre, par la moquerie, l’importance de renouer avec la force et la vitalité des textes littéraires, une fois ces derniers libérés des chapelles théoriques et des visières qui, trop souvent, font l’objet d’interprétations réductrices et fausses des œuvres littéraires. Un rappel vibrant de l’importance de faire confiance à l’intelligence du lecteur.

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