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Benoît Lacroix, Marguerite Lescop

NOUS, LES VIEUX

DIALOGUE SUR LA VIE ET SES CHOSES

Fides, Montréal, 2006
149 pages
14,95 $

Nous, les vieux est un recueil d’échanges entre un homme et une femme que l’amitié réunit de toute évidence depuis longtemps. Lui, prêtre dominicain, est un intellectuel, de formation historienne, qui se laisse diriger par la raison plutôt que par les émotions. Elle, mère de sept enfants, se dit « émotive », « intuitive », « instinctive », « visuelle »et de « tempérament passionné ». Tous deux sont de fervents croyants pour qui « aimer » est « la première et seule leçon qui compte ». Faisant le bilan de leur vie, à 90 ans chacun, ces deux optimistes nés regardent encore l’avenir avec sérénité et ils dialoguent avec lucidité et générosité sur les grandes questions de l’existence : la vie, l’amour, la mort, le bien, le mal, Dieu, l’éternité…

On ne cherchera pas dans ce livre des réflexions existentielles achevées ou des pensées philosophiques hautement structurées. Même si lui fait référence à Platon, Aristote, saint Thomas d’Aquin, saint Augustin ou Freud, et elle à Shakespeare, il s’agit plutôt d’entretiens rapides, d’amorces de discussions, qui sont par ailleurs émaillées, surtout dans la bouche du dominicain, de formules simples et heureuses qui laissent des traces dans l’esprit du lecteur : « Un adulte, c’est et ça restera toujours un enfant qui a multiplié les années de sa vie » ; « Quand on va vers les autres, le bonheur finit toujours par nous rattraper » ; « Le rêve, c’est en quelque sorte un espoir ouvert à la réalité » : « Il ne faut rien lui [la vie] demander mais prendre tout ce qu’elle offre »… I1 y a certes des commentaires réprobateurs ou de nature passéiste dans ces conversations, mais ils demeurent rares : « Que plusieurs jeunes n’aient plus le temps de rêver à l’amour, à l’amitié, cela me fait mal. Ils pensent aussitôt à leurs prochains ébats amoureux » ; « […] notre société en est une du chacun pour soi » ; « Dans la société actuelle, la politesse n’est pas tellement valorisée »…

L’humour fin du père Lacroix et sa tendance au compliment galant ne sont pas, enfin, le moindre charme du livre : « Avec vous au purgatoire, ce serait presque le ciel ! », dit-il par exemple à son interlocutrice ; « Je parle mieux depuis que je vous connais…» ; « À force de vous fréquenter, je deviens plus réaliste, je m’améliore »… Et quand elle lui demande : « Au ciel, ne serons-nous tous pas comme des anges ? », il répond : « En vous voyant, comment pourrais-je en douter…»

Bref, voilà un livre sans prétention, mais fort attachant, propre à enlever au plus grand nombre la peur de vieillir.

Publié le 10 mars 2007 à 10 h 09 | Mis à jour le 21 octobre 2014 à 11 h 20