Nœud coulant

Michaël Trahan

NŒUD COULANT

Le Quartanier, Montréal, 2013
170 pages
20,95 $

Il est beau d’approcher le travail de Michaël Trahan après avoir présenté, en ces pages, le dernier titre de René Lapierre, dont la voix amie est reconnue de façon peu banale par Trahan : « lettre à lettre », Nœud coulant répond avec une sincérité remarquable à Aimée soit la honte, recueil publié en 2010. La question est là, clairement reçue, en exergue d’un chapitre qui commence, avant l’épilogue qui s’y dédie, à embrasser le parcours du livre, son projet : « Qu’attend de toi la vérité ? »

L’entreprise impressionne par sa détermination et sa solidité. Le rapport à la vérité – exigence forte et communicative – touche à l’expérience la plus simple, revue depuis le vœu d’interrompre la représentation de soi, de perdre le visage : « [T]ombe / dedans masse dedans noir tombe ». Il s’agit d’une déclaration de solitude, on entre par là ; avant le poème, « le rêve de ne pas / rêver », se présentent la détresse et le vide – un isolement affolant, une peine sourde, complètement déchargés de langueur, de douceur, d’une valeur idéale de refuge. Dans cet abattement, la voix cherche l’appui d’une présence ; elle approche, elle veut – s’élève et reflue, toujours revient au désir, à l’orée : « [Q]uelque chose n’a pas lieu / quelque chose ne finit pas de ne pas / avoir lieu ». Cette attente, ces retours au bord de la lumière, du sens et de l’autre, fondent le rythme du recueil, soutenu d’un souffle dont la ligne, ouverte et brisée, se mue en objet de pensée. Le déplacement, porteur autant que discret, s’accompagne d’une image récurrente : une allumette craque et se consume, le temps d’ouvrir un espace qui éclate plutôt qu’il n’échappe, émerge et se retire, cesse tout simplement – « à la limite rien / le temps s’étire à la limite / il n’y a pas de vide le temps / s’arrête le noir s’étend là où tombe / le rythme l’autre nom du cœur ». Cette avancée, le trajet de ces boucles expose un enjeu de continuité. La durée projetée, si belle à imaginer qu’elle vrille l’absence au foyer de la voix, au lieu – voulu, cherché – du sujet, touche aux éclats d’une parole revenue, qui rappelle au commun, relie à son évidence, sa terre ferme. Point aveugle d’un parcours sans bornes, dont le débordement a pour contrepartie le réel : « [U]ne route / lente / pour les mains, les pieds / tout le corps tout / le long d’une vie / sur la route / sans jamais / bouger ».

Publié le 4 avril 2014 à 21 h 05 | Mis à jour le 4 avril 2014 à 21 h 05