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Mode lecture zen

NUIT BLANCHE

Toujours alerte et efficace dans sa recherche de textes généralement assez courts, mais toujours hors du commun, l’éditeur fournit une nouvelle preuve de son flair. Le récit, en effet, se loge on ne peut plus dans les catégories littéraires nettement délimitées. Roman ? Bien sûr. Fantastique ? J’allais le dire. Anticipation du prochain cauchemar informatique ? Aussi. Enquête policière en même temps que choix d’un créneau avant-gardiste pour une revue ? Timothy Taylor y consent encore. Le résultat est à la hauteur de toutes ces ambitions.

En termes réducteurs, le défi (ou du moins l’un d’entre eux) consiste à appliquer aux tendances artistiques les méthodes d’observation qui aident à prévoir la formation et le parcours des ouragans. Si, de dizaines de sources éparpillées sur la planète, une cueillette s’effectue qui note les éléments épars, signale l’émergence de nouveaux phénomènes et en dégage une tendance, n’assiste-t-on pas à ce que l’auteur dénomme une « météorologie esthétique » ? On imagine l’effet sur le marché de l’art d’une revue aux allures prophétiques. Sur cette lancée, pourquoi ne pas faire intervenir Newstart 2.0, logiciel suggérant des scénarios aux entreprises assaillies par le changement ? L’art deviendrait un peu moins imprévisible, mais la manipulation envahirait peut-être de nouveaux marchés.

Fascinantes possibilités que Timothy Taylor déroule contre un décor romain, comme si les vieilles pierres et une cuisine raffinée par les siècles s’apprêtaient depuis toujours à servir de cadre aux premiers pas d’un futur trafiqué ou du moins traficable. Ingénieux, brillant, moqueur, trop plausible pour ne pas inquiéter, assez caricatural pour laisser l’impression que cela n’aura jamais lieu.

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