Silvio Berlusconi, Alan Friedman

MY WAY

Trad. de l’italien par Joseph Antoine et Yves Forget-Meunot
Michel Laffon, Neuilly-sur-Seine, 2015
394 pages
29,95 $

Cette biographie en français est la traduction de Berlusconi, The Epic Story of the Billionaire Who Took Over Italy. L’ancien président du Conseil italien durant trois mandats non successifs (entre 1994 et 2013) s’est prêté de bonne grâce aux questions du journaliste Alan Friedman. Dans le désordre, on revit l’enfance milanaise sur fond de Deuxième Guerre mondiale, les premiers emplois comme chanteur de charme et animateur, la richesse acquise, la célébrité à la télévision et les débuts d’une étonnante carrière politique jusqu’au sommet de l’État italien. Pourtant, à ses débuts, « Berlusconi était alors victime d’un certain snobisme. On le regardait comme un outsider, un parvenu ». Mais cet homme politique est irrésistible et sait se faire apprécier de tous ses homologues, qui le prennent en affection : l’impopulaire George W. Bush, l’imprévisible Kadhafi, le flegmatique Poutine ou encore Nicolas Sarkozy ont souvent ri en sa présence.

Cette biographie autorisée de Berlusconi nous permet de comprendre comment le magnat italien a réussi à remettre son pays sur la carte du monde. Le style de Friedman s’apparente au genre hybride de la biographie romancée ; son texte débute ainsi, avec une description pseudo-balzacienne du décor : « Moscou, lundi 27 juillet. Il fait très chaud, un vent vigoureux fouette la place Rouge envahie de touristes ». Ce type de description au style emprunté et dramatique côtoie des chiffres fort éloquents : Berlusconi a dû se défendre dans une soixantaine de procès qui lui ont coûté « six cents millions d’euros en frais judiciaires ». Depuis 2013, son dernier divorce lui siphonne un million d’euros par mois en pension alimentaire.

Berlusconi s’est ouvert au biographe et lui a donné de longues heures d’entretiens filmés. Hélas ! Friedman n’est pas toujours à la hauteur de la confiance témoignée par Silvio Berlusconi ; on pourrait plutôt parler de trahison dans un compte rendu exagérément axé sur la vie privée. Le biographe est distant, insensible et toujours prêt à rappeler à tout propos les rumeurs qui contredisent la version du principal intéressé, comme s’il n’accordait aucune crédibilité à son personnage central. Dès l’« Avertissement », Friedman avoue avoir été fasciné durant sa jeunesse par le scandale du Watergate au point d’avoir suivi la progression de ce procès à la manière d’un feuilleton ; mais à trop vouloir « révéler » au monde une histoire cachée, on se prend au jeu de la fictionnalisation d’un parcours réel, bien que controversé. Berlusconi lui-même admet ne pas être un enfant de cœur, mais tout biographe se doit de comprendre son sujet sans le condamner systématiquement, ne serait-ce que pour la simple raison que l’auteur d’une biographie aura toujours le dernier mot.

Publié le 10 avril 2016 à 17 h 09 | Mis à jour le 7 avril 2016 à 11 h 43