Numéro 161

François Dompierre

MONIQUE LEYRAC

LE ROMAN D’UNE VIE

La Presse, Montréal, 2019
297 pages
26,95 $

C’était la dernière pionnière du cinéma et de la chanson d’ici. Son biographe, François Dompierre, la décrit comme étant « notre plus grande chanteuse et une actrice hors du commun ».

Son chef d’orchestre, André Gagnon, partage cette même admiration : « Madame Leyrac – il finira par l’appeler Monique, mais ne la tutoiera jamais – est ‘la grande dame de la chanson’ ». Son pianiste, Yvan Ouellette, la résume parfaitement : « Monique Leyrac est un élément méconnu de notre patrimoine national ».

Parmi ses plus grands succès, Monique Leyrac (1928-2019) a lancé en 1968 la chanson « Pour cet amour », reprise fidèlement par Marie-Élaine Thibert ; en 2007, le public de moins de 50 ans ignorait tout de la version originale et de sa première interprète. Après le récit de la jeunesse de l’artiste dans Mon enfance à Rosemont (1983), le présent recueil de confidences prend le relais et passe rapidement sur les années 1940 pour ne conserver que quelques moments passés avec sa grande amie Denise Proulx, future comédienne.

Les débuts remarquables de Monique Leyrac sont précoces : elle enregistre des 78 tours et obtient un rôle à 21 ans dans le film Les lumières de ma ville (1950), réalisé par Jean-Yves Bigras. Elle sait gagner l’estime de jeunes duettistes qui se produisent au Faisan doré et Chez Gérard : Pierre Roche et Charles Aznavour. Elle se lie d’amitié avec Félix Leclerc ; par la suite, Gilles Vigneault, Claude Léveillée et plusieurs autres composeront pour elle.

À Paris, durant les années 1950, Monique Leyrac doit s’imposer auprès du public, car rien n’est alors gagné d’avance pour une jeune artiste venue d’ailleurs. Les pages sur son séjour parisien de trois années, se terminant en 1958, sont les plus révélatrices. Mais c’est surtout son parcours comme actrice au théâtre qui est ici révélé, autant à Paris qu’à Stratford. Les années 1960 sont glorieuses ; jamais aucune chanteuse québécoise, ni aucun artiste canadien, n’avait remporté un tel succès international. Tournées de récitals dans le fin fond du Canada, mais aussi à New York, en URSS, derrière le « Rideau de fer » et dans les pays baltes. Monique Leyrac triomphe en Pologne et obtient le Grand Prix de la Journée internationale du festival de Sopot en 1965 en interprétant ce qui deviendra sa chanson fétiche, « Mon Pays » de Gilles Vigneault : « Le Québec n’avait pas vu ça depuis la grande [Emma] Albani, la diva de l’opéra ». Les années 1970 seront une période d’audace, avec entre autres des spectacles thématiques consacrés à Émile Nelligan, puis à Sarah Bernhardt, et par la suite à la chanson de 1900. Mais pratiquement rien ne reste de ces créations scéniques pourtant si innovatrices que l’on souhaiterait revoir sur DVD.

François Dompierre a réussi une magnifique biographie de Monique Leyrac, peut-être un peu trop brève. On reprochera à ce livre emballant de ne pas contenir de photographies, sauf pour la belle couverture. Pas d’index ni de discographie, pas même de mention de la superbe anthologie CD/DVD (« Monique Leyrac : la diva des années 60») produite chez Analekta. Mais quelle carrière ! Et quelle vie !

Publié le 5 janvier 2021 à 15 h 34 | Mis à jour le 5 janvier 2021 à 15 h 34