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Roxane Desjardins

MOI QUI MARCHE À TÂTONS DANS MA JEUNESSE NOIRE

Les Herbes rouges, Montréal, 2016
89 pages
17,95 $

Le titre, emprunté à un vers de « La romance du vin » d’Émile Nelligan, sied bien à ce récit portant sur l’adolescence. Le livre nous fait entrer dans la conscience d’une fille de quinze ans découvrant l’amour, mais traversée par le désir de mort. Roxane Desjardins aurait-elle exhumé ici les mots d’un vieux – pas si vieux en fait – journal intime ? Le ton est si vrai qu’on pourrait le croire. « Je suis un âge de laideur / RIEN / encore / n’est arrivé ».

Moi qui marche à tâtons dans ma jeunesse noire a peu à voir avec Ciseaux, recueil de poésie publié en 2014 qui avait valu à son auteure les prix Émile-Nelligan et Félix-Leclerc. Bien qu’évoquant un même sentiment douloureux, Ciseaux nous amenait à l’extrême de la parole et du corps. Des vers, souvent énigmatiques, émergeait une émotion brute, voire brutale. Il y avait dans ce recueil une part d’insensé, qui en faisait la beauté. Dans le plus récent livre, cette beauté est ailleurs.

En fait, c’est surtout la forme inventive qui séduit. Le texte est inséré dans des bulles à la manière d’une bande dessinée. Aussi, l’écriture manuscrite amplifie l’impression de pénétrer dans l’univers intime d’une adolescente. Révolte, désespoir, mal-être, ennui ; chacun y reconnaîtra sa jeunesse. En filigrane, c’est un hommage à la littérature que nous offre Roxane Desjardins en détournant ici et là des paroles connues ou moins connues de Nelligan, bien sûr, mais aussi de Saint-Denys Garneau, Gaston Miron, entre autres. La littérature, semble-t-elle dire, nous permet de nous voir à travers l’autre, mais pas de manière égocentrique, au contraire elle nous sort de la solitude. L’écriture, donc, comme soupape, mais aussi comme fenêtre sur le monde.

Je ne crois pas que ce livre m’était destiné, aujourd’hui. Peut-être aurait-il trouvé chez moi une plus grande résonance il y a quelques années.

Publié le 3 avril 2017 à 10 h 28 | Mis à jour le 3 avril 2017 à 10 h 28