Voici un incroyable roman qui s’appuie sur une histoire vraie. Il se déroule au milieu du XIXe siècle, à l’aube de la guerre de Sécession aux États-Unis (1861-1865), qui a porté, on le sait, sur l’abolition de l’esclavage.
Le roman oppose deux pôles du monde de cette époque. L’un est incarné par John Hewell, un riche et éduqué marchand de tabac qui combat son mal à l’âme en épousant la vocation de chasseur d’esclaves, pourchassant ces individus noirs fuyant les conditions ignobles de leur existence pour les ramener, moyennant prime, à leurs propriétaires.
L’autre est représenté par Madison Washington, un esclave futé, rusé, au bon jugement, et résilient malgré les dures épreuves qu’il affronte pour recouvrer un minimum de dignité. Le roman nous expose le point de vue héroïque de cet être courageux et visionnaire, incapable d’accepter des exactions uniquement en raison de la couleur de peau.
Malgré son vaste amour pour Susan, esclave comme lui, il fuit sa plantation, animé du grand espoir qu’en homme libre il revienne un jour la libérer à son tour. Sa fuite le mènera même au Canada, ce qui n’empêchera pas Hewell de suivre sa trace jusque-là, mais sans aboutir.
Les deux ennemis se retrouvent finalement sur un bateau, La Créole, avec à son bord 250 esclaves appelés à être vendus dans des États du sud des États-Unis. Mais les choses ne se passent pas comme prévu pour les infâmes esclavagistes qui les gardent dans la cale.
Madison amorce une rébellion. Elle réussit. Il arrive ensuite à faire dévier la trajectoire du bateau vers les Bahamas, à l’époque une enclave britannique où l’esclavagisme n’a pas cours. Les esclaves deviennent libres.
S’il est parfois difficile de composer avec la description de la violence sans limite d’êtres humains envers leurs semblables, l’écriture fluide et palpitante de l’auteur arrive malgré tout à nous faire passer de très beaux moments. Une réussite.