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Numéro 105

Sous la direction de Bruno Carrière

MÉTIER RÉALISATION

TEXTES ET ENTRETIENS

Les 400 coups, Montréal, 2006
287 pages
49,95 $

Ouvrage collectif destiné principalement aux futurs cinéastes, Métier réalisation regroupe une trentaine de témoignages et d’entrevues avec des cinéastes québécois contemporains, de Bernard Émond à Patrice Sauvé, sans oublier Sylvie Groulx, Michel Poulette, André Forcier, Micheline Lanctôt, Robert Morin, Charles Binamé, Philippe Baylaucq et plusieurs autres.

En marge des nombreux entretiens ainsi réunis, huit réalisateurs ont par ailleurs choisi de rédiger un bref essai portant sur leur vision du cinéma. Parmi ceux-ci, le témoignage de Denys Arcand se démarque, autant par sa pertinence que par sa lucidité à propos de l’énorme machine promotionnelle, de la fatuité de la critique française et des contraintes de la réalisation. Parlant du vedettariat outré des cinéastes à la mode, Arcand critique la « politique des auteurs » des années 1960 : « La théorie française du réalisateur comme auteur de film, qui a eu le mérite en son temps de révéler bien des génies ignorés, s’est transformée peu à peu en culte stalinien de la personnalité ». Sur la surabondance de publicité dans le cinéma commercial actuel, il déclare que « chaque affiche de film contient maintenant obligatoirement ces citations délirantes où chaque nouveau film est salué comme une œuvre de génie ».

La plupart des 18 entretiens menés par Marcel Jean, souvent centrés sur des aspects professionnels du tournage et du montage, sont stimulants ; de ce nombre, les propos d’André Forcier se démarquent par l’éclairage donné à plusieurs de ses films remarquables (surtout Bar Salon et L’eau chaude, l’eau frette). Chaque réalisateur est interrogé sur ce qui l’a amené vers la pratique du cinéma. On appréciera les conseils donnés aux jeunes réalisateurs et à tous ceux qui voudraient « faire du cinéma » ; à ce propos, l’Université Concordia serait pour bon nombre de ces réalisateurs et téléastes aujourd’hui reconnus un passage obligé.

L’ouvrage n’est toutefois pas exhaustif et reste centré – tout comme notre cinéma – sur la région montréalaise ; il manque dans ce survol des portraits de quelques réalisateurs de la ville de Québec comme Robert Lepage et Francis Leclerc.

Publié le 26 novembre 2006 à 13 h 12 | Mis à jour le 10 novembre 2014 à 14 h 12