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MARIA CHAPDELAINE

Rosette Laberge

MARIA CHAPDELAINE

APRÈS LA RÉSIGNATION

Les Éditeurs réunis, Marieville, 2011
434 pages
24,95 $

Le roman Maria Chapdelaine (1914) de Louis Hémon a connu un succès phénoménal. Il existe plus de 250 éditions, incluant les traductions dans plus de 25 langues, de ce classique de la littérature du début du XXe siècle qui a donné lieu à de multiples formes d’adaptation (cinéma, théâtre, radioroman, bande dessinée, etc.). Mais fait particulièrement intéressant, il a également généré des suites romanesques qui ont chacune à leur façon tiré profit de l’ambiguïté qui le caractérise. D’abord, en 1925, Sylva Clapin propose avec Alma-Rose une suite qui, au profit d’une certaine idéalisation des valeurs traditionnelles, s’éloigne du naturalisme modéré qui prévalait dans le roman de Hémon. En 1992, avec Maria Chapdelaine ou le paradis retrouvé (prix Robert-Cliche controversé), Gabrielle Gourdeau entend plutôt exacerber la dimension subversive inhérente à l’œuvre originale. Également en 1992, puis en 1999, Philippe Porée-Kurrer adopte quant à lui, avec La promise du lac et Maria, la perspective du roman populaire sentimental tout en tentant de concilier les dimensions conformiste et contestatrice du chef-d’œuvre de Hémon. C’est également dans la veine du roman sentimental que s’inscrit la dernière suite à paraître. Comme la plupart de ses prédécesseurs, Rosette Laberge reprend l’histoire de Maria Chapdelaine et de sa famille là où Hémon l’avait laissée, en s’assurant de faire les rappels qui s’imposent pour les lecteurs qui n’auraient pas lu l’œuvre originale. Maria tente tant bien que mal de se faire à l’idée d’épouser son voisin Eutrope Gagnon, pour lequel elle n’éprouve aucun sentiment. Et bientôt, monte en cette Maria résignée un désir d’émancipation et d’affirmation qui l’incite d’abord à apprendre à lire et à écrire, puis, à la suite de la mort accidentelle d’Eutrope, à quitter l’isolement du fond des bois pour vivre le grand amour avec le « bel Adrien ». Le fatalisme laisse alors place à l’espoir, et le roman se termine, comme le veut le genre sentimental, de façon heureuse. En fait, l’histoire bascule un peu dans le conte de fées, Maria devenant une Belle au bois dormant qui s’éveille, une Cendrillon à qui tout réussit : elle s’entend bien avec sa nouvelle belle-mère, le bon parrain de son fiancé lui offre en cadeau un « manteau de castor » ainsi qu’« une calèche flambant neuve et un beau cheval brun caramel », et bien sûr elle épouse son prince charmant, avec lequel elle vit « le parfait bonheur ».

Rosette Laberge n’en est pas à ses premières actualisations de personnages tirés du passé, comme en témoignent La passion de Magdelon (2009) et Magdelon, Sur le chemin de la justice (2010), deux de ses romans précédents qui mettent en scène l’héroïne de la Nouvelle-France Madeleine de Verchères. Avec Maria Chapdelaine, Après la résignation, elle s’attaque à ce qu’on considère comme un mythe littéraire, et comme il arrive souvent dans ce genre de « recyclage », l’œuvre originale, dont la grande qualité consistait à offrir de multiples possibilités de lectures et une remarquable richesse allégorique, cède ici la place à une histoire simple et un peu prévisible, mais malgré tout divertissante et qui saura sûrement plaire à un public friand de romans d’amour sur fond historique.

Publié le 23 mars 2014 à 14 h 46 | Mis à jour le 15 mai 2014 à 9 h 42