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Numéro 97

Éric Deschodt, Jean-Claude Lattès

MARGUERITE ET LES ENRAGÉS

MEURTRE À FLORENCE

Seuil, Paris, 2004
315 pages
34,95 $

Roman historique plus que policier. La question, en effet, n’est pas tant d’identifier le meurtrier de Pic de la Mirandole que de plonger au plus creux des mSurs révolues d’une certaine société italienne. Les personnages hauts en couleur, depuis Botticelli jusqu’à Savonarole, y font leur tour de piste, quitte à ne pas toujours ressembler à ce que rapporte à leur sujet une histoire bien-pensante. Botticelli ne peignait pas que des anges. Les grandes familles que sont les Médicis et les Borgia règnent ou complotent pour régner, les espions vendent leurs secrets au plus offrant ou au plus récent acheteur, la France fait sentir lourdement sa présence. Grand décor, mais traversé par tant d’ambitions qu’on en oublie (presque) Pic de la Mirandole.

Au fait, Pic de la Mirandole a-t-il été assassiné ? Éric Deschodt et Jean-Claude Lattès, sur la foi de recherches rarement révélées et que je ne saurais sonder, tiennent la chose pour acquise. Connu pour son immense savoir, sa maîtrise de multiples langues et ses audacieuses « conclusions philosophiques », Pic de la Mirandole avait pourtant renoncé à sa fortune (mais pas à sa bibliothèque) et aurait dû, en bonne logique, s’attirer l’oubli plutôt que les convoitises ou les rancunes. Qui sait ? Peut-être les auteurs ont-ils imité le parcours du film Amadeus. Nul n’a jamais prouvé que Salieri haïssait Mozart, qu’il ne devançait d’ailleurs que de six ans et non d’un demi-siècle, comme le film le laisse entendre. Salieri n’a pas non plus préparé le meurtre de Mozart. Et alors ? Fondées ou pas, les légendes ont suscité un beau film ! Assassiné ou pas, Pic de la Mirandole constituait, de la même manière, un excellent prétexte pour ressusciter une Florence belle et jouisseuse, inconstante, courtisée par toutes les ambitions et visée par toutes les rumeurs. L’écriture, racée et dense, recourt plus souvent à l’allusion raffinée qu’à une abordable explication, ce qui favorise l’élégance plus que la simplicité. Beau voyage dans le temps, intrigue policière par trop complexe et peu concluante.

Publié le 23 novembre 2004 à 15 h 15 | Mis à jour le 4 novembre 2014 à 13 h 00