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NUIT BLANCHE

Le sous-titre du livre, une expression de l’auteur, fait référence aux trois pays où il a vécu, sur trois continents. Ses racines : il a été élevé au Cameroun. Sur ces racines ont poussé des fleurs : il a commencé sa carrière d’artiste en France. Et il a finalement été un artisan de premier plan comme artiste et ardent défenseur de la culture au Québec, là où il a porté ses fruits.

L’auteur, Serge Geoffrion, un ex-député du Parti québécois élu en 1998, aura été pendant une quinzaine d’années l’attaché politique de Maka Kotto : c’est dire qu’il connaît « son sujet » intimement, qu’il a vu le personnage en pleine action, voire en pleine ascension.

Maka Kotto est en effet devenu ministre dans le gouvernement de Pauline Marois (2012-2014), après avoir été élu député du Bloc québécois à Ottawa (2004-2008), puis du Parti québécois à Québec, durant dix ans, donc jusqu’en 2018, dans le comté de Bourget, celui de Camille Laurin, « père de la loi 101 ».

Le destin de Maka Kotto en est un d’exception. Originaire de la région de Douala, au Cameroun, d’une famille pas très riche, le jeune Léopold-Marcel Maka Kotto, studieux, formé chez les Jésuites, se distingue par son penchant pour la chose culturelle. Il est de nature optimiste, et il fallait l’être car, dès le très jeune âge de dix-sept ans, il prend la route de la France. Et se taille rapidement une place enviable comme acteur de cinéma et de théâtre, dans un milieu culturel parisien pourtant très difficile à percer.

Puis, le célébrissime roman de Dany Laferrière, Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer(1985), est adapté à l’écran et Maka Kotto, devenu depuis peu citoyen français, est approché pour un rôle. C’est un tournant.

L’auteur du roman, maintenant membre de l’Académie française, vante à Maka les vertus du Québec, « société plus ouverte, plus accueillante qu’en Europe », lui dit-il.

Grâce au rôle convaincant qu’il joue dans le film, des producteurs québécois remarquent Maka Kotto et commencent à lui offrir des rôles dans des téléséries québécoises, dont Super sans plomb, à Radio-Canada, au début des années 1990.

Il se taille rapidement chez nous la réputation d’un homme de talent, à l’élocution exceptionnelle, agréable de commerce, cultivé, de bon jugement. Et d’un grand amoureux de la langue française. Cela plaît bien sûr aux forces nationalistes : le Bloc Québécois invite l’artiste, alors âgé de 43 ans, à se présenter aux élections fédérales (2004), dans une circonscription de la Rive-Sud de la région de Montréal (Saint-Lambert). Malgré la défaite qu’on lui prédit, il gagne sa première élection haut la main.

À la Chambre des communes, il fréquente la députée du Bloc de la circonscription voisine de la sienne, Caroline St-Hilaire, qui deviendra plus tard mairesse de Longueuil. Les deux tombent amoureux en 2005. Ils partagent depuis leur vie, voire convolent en justes noces en 2016, avec Dany Laferrière comme célébrant…

Comme homme politique, à Ottawa et à Québec, Maka Kotto se fait la réputation d’un homme intègre, rigoureux, respectueux de tous, adversaires comme alliés, ayant plus de hauteur que la moyenne dans la joute politique. Et d’un individu maniant le verbe avec assurance et autorité.

Il se fera le farouche promoteur des intérêts du Québec, notamment dans le domaine de la culture, et représentera toujours fièrement la province, dont en Afrique du Sud lors des funérailles officielles de son héros, Nelson Mandela.

La biographie de M. Geoffrion est certes lisse, sans aspérités à propos du personnage, sans critiques, même obliques, sur cet artiste dans l’âme devenu un politicien entièrement dévoué aux intérêts du Québec. Mais sans jamais oublier d’où il vient.

Malgré le côté panégyrique du livre, on le referme avec une conviction : Maka Kotto s’est donné une vie à la hauteur de son immense talent et de la profondeur de ses convictions humanistes. Un fier Africain devenu un grand Québécois, attaché à notre culture, à notre différence. Une bien belle histoire qu’il valait grandement la peine de relater.

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