Hervé Bouchard

MAILLOUX

HISTOIRES DE NOVEMBRE ET DE JUIN RACONTÉES PAR HERVÉ BOUCHARD, CITOYEN DE JONQUIÈRE

L'Effet pourpre, Montréal, 2002
192 pages
18,95 $

Jacques Mailloux. Un enfant souffrant, diffractant des corps familial et collectif qui n’arrivent pas à assurer leur cohésion. Il est incontinent. Un jour, il lui arrive même d’échapper un étron. Ça s’échappe, ça sort de partout. Par la parole aussi, ça flocule. Ce n’est pas par hasard qu’il est d’entrée de jeu dit « comédien de naissance » et, paradoxalement, « enfant sans drame ». À savoir, au fond, sans autre tragédie que celle de tout un chacun, mais qui sait qu’on n’entend les mots que si on laisse courir le furet. Ce qui donne par exemple, dans cet ensemble de micro-récits, suites de scènes ramenées au jour : noyade, Iliade, Henriade, Hérodiade, Canada Dry… Tirs d’enfilade au sein desquels s’agitent les premiers émois libidinaux, jusqu’au premier amour, et au-delà, jusqu’au moment où le père de Mailloux dévoile aux siens le branlement.

C’est pourquoi « Ja-cqueu » est à la fois magnifique et chiant au possible. Comment faire autrement quand la peur paralyse dans la nuit paranoïaque ? : « Ô Rousseau ! / Mon frère de crainte dans l’heurque ». Tout est là, dans une honte toute noire, ancrée au cœur du roman familial par l’opulente et vigoureuse langue de Hervé Bouchard. Un trajet initiatique ouvrant sur le futur de toutes sortes de temps, en particulier, bien sûr, celui de l’accès de Mailloux à sa vérité vraie.

Accompagnant le parcours de notre Jacques, je me suis dit qu’il cherche simplement à s’énoncer, à dire « moi, je ». Ce qui n’est pas une mince tâche quand, comme lui, on vient au monde dans une parenté où se succèdent les noyades du frère, de l’oncle, des cousines, etc., des noyades contées et d’autres non racontées, série à laquelle n’échappe pas l’intéressé : « Noyade chaque jour de Mailloux Jacques né sans corps dans une mare de boue parlant bouchon par le tube du cesse-respir ». Sera-t-on surpris qu’il veuille sans cesse partir face au multiple de la mort, que les patronymes et la nomination comptent autant pour lui, le narrateur lui composant d’une certaine façon des Nombres ? Si on peut soupçonner à notre enfant des parents inadéquats, colériques, constamment submergés, il faut toutefois prendre la mesure d’un fait : Mailloux apprend à vivre.

Publié le 25 juin 2003 à 14 h 35 | Mis à jour le 25 juin 2003 à 14 h 35