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NUIT BLANCHE

Qui est Magnus ? Lui-même ne le sait pas. Il devra passer sa vie à se construire, à se reconstruire. Petit garçon, il a cru qu’il était le fils d’une famille allemande très honorable. C’est ce que sa mère lui racontait tous les soirs. À la fin de la guerre, il a appris que son père médecin travaillait en fait pour les camps de la mort nazis. On ne peut qu’imaginer ce qu’il y faisait.

Puis, il ne tarde pas à apprendre que ces parents ne sont pas les siens. Une bribe de mémoire lui revient soudain, et il finit par se souvenir que sa mère, sa vraie, a été transformée en torche humaine pendant le bombardement de Hambourg, et que celle qu’il croyait jusqu’ici être sa vraie mère a simplement recueilli le petit orphelin inconnu qu’il était.

Mais qui étaient ses vrais parents ? Au début de l’âge adulte, alors qu’il repose à l’hôpital sans connaissance, on l’entend balbutier dans une langue étrangère qu’on lui dit être de l’islandais. Il n’aura pas l’occasion d’en savoir plus. Magnus se reconstruit, en entrant dans l’âge adulte, au contact des femmes, mais il perd tour à tour les deux amours de sa vie, et toujours, il est obligé de se reconstruire.

À quand l’épée de l’académicienne pour Sylvie Germain ? Une langue aussi riche, aussi belle, aussi aimée, est digne d’immortalité. Et en plus, elle raconte une histoire. Dans un style très personnel, adapté au propos, en tableaux courts et dispersés, à l’image de la manière dont fonctionne la mémoire, avec une linéarité qui donne du sens mais qui n’est pas celle de la raison.

Une quête d’identité. Mais sans les cris de désespoir auxquels on pourrait peut-être s’attendre. Car l’identité se bâtit sans doute plus qu’elle se définit. Elle se trouve peut-être plus dans le présent fuyant que dans le passé fixe et obscur. C’est ainsi que, dans la dernière partie du roman, on fera une incursion dans le surnaturel – ou le mystique. Et Magnus se dépouillera de tout ce qu’il aura accumulé durant sa quête et reprendra la route en n’emportant « presque rien », pour que le roman se termine sur les mots : « S’en aller ».

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