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Numéro 98

Sébastien Chabot

MA MÈRE EST UNE MARMOTTE

Point de fuite, Montréal, 2004
152 pages
19,95 $

J’avoue être resté médusé en refermant ce court roman de Sébastien Chabot. Ce ne sont pas tant les réflexions enfantines ni même le rapport trouble à la mère qui prennent à la gorge, mais plutôt le récit du narrateur, un garçonnet marqué par la violence, le rejet et le meurtre du père par la mère. Complexé par sa maigreur et son infériorité à côté du physique imposant de sa mère et de l’un de ses compagnons de classe, le gros Patrick qui exhibe son organe génital devant les autres écoliers, le garçon ne trouvera de réconfort qu’en présence d’un chat aussi décharné que lui. Or, avant de commettre l’irréparable, la mère, une férue de démonstrations de plats de plastique, tuera de façon gratuite l’unique compagnon de son fils. Il ne sera alors pas étonnant de voir le petit bonhomme se venger d’elle en déféquant sur le plancher de l’épicerie ou en assassinant ses robots-jouets.

Sébastien Chabot possède, de façon incontestable, un immense talent. Non seulement parvient-il à se plonger avec aisance dans l’univers de l’enfance, mais la manière dont son roman est construit révèle une grande maîtrise de l’art de la narration. On ne peut passer sous silence le surnom de marmotte donné à la mère lorsque l’on sait que le père pourchasse férocement ces bêtes qui saccagent son jardin. Le meurtre prend alors une signification tout à fait particulière. Le chasseur se fait lui-même tuer par la marmotte qui a dévasté son existence. Apparaît alors le portrait d’une cellule familiale dont les trois membres souffrent chacun de grandes faiblesses ; l’obésité de la femme qui devient objet de mépris pour le père, le fragile équilibre mental de ce dernier qui trouve refuge dans le sommeil et la maigreur du fils qui est la cible des coups de Patrick. Certains évoquent, avec raison, les procédés stylistiques utilisés dans Le tambourde Günter Grass. Mais si ce type d’écriture n’est pas nouveau, il n’en demeure pas moins que le jeune auteur fait preuve ici d’une grande audace en racontant la violence par la voix d’un enfant. Un grand romancier en devenir.

Publié le 21 février 2005 à 15 h 53 | Mis à jour le 1 décembre 2014 à 11 h 31