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Mode lecture zen

NUIT BLANCHE

L’Olympe des infortunes de Yasmina Khadra, paru en janvier 2010 chez Julliard, a eu droit au format poche au début de cette année, et dévoile une autre facette du romancier algérien. Loin, en effet, de l’univers des conflits politiques du Moyen-Orient et du monde arabe tels que les mettent en scène Les hirondelles de Kaboul, L’attentat et Les sirènes de Bagdad, L’Olympe des infortunes est une sorte de conte philosophique qui fait l’apologie des vidanges.

Yasmina Khadra nous y invite à la visite d’une décharge publique bordée, d’un côté, par la Méditerranée et, de l’autre, par une ville sans nom qui attire et terrorise les habitants du dépotoir.

Parmi ces marginaux, Ach et Junior forment un duo dont les dialogues rappellent parfois En attendant Godot de Beckett. Le vieux Ach le Borgne s’est pris d’affection pour le simple d’esprit, Junior, et l’abreuve à répétition de sermons contre la ville, lieu de perdition pour tout « horr » (« homme libre » en arabe) qui se respecte. Ach rappelle sans désemparer à Junior sa chance d’être si bien tombé puisque seul cet endroit lui permet d’être lui-même, sans se soumettre à qui que ce soit. Oui, la montagne d’immondices et la ferraille d’un camion de police transformée en logement d’« infortune » seraient le meilleur des mondes possibles.

On n’est pas pris spontanément dans cette fable qui semble par trop convenue, presque clichée: l’argent ne fait pas le bonheur, la technologie non plus, la civilisation est un danger. On se demande pendant quelques pages où se camoufle la nouveauté du propos. Puis, à cliché, cliché et demi, et aux prêches d’Ach répondent bientôt ceux de Ben Adam (littéralement « fils d’Adam », c’est-à-dire « être humain », en arabe), nouvel arrivant qui vient clamer la nécessité du combat et la honte du renoncement dans lequel se complaisent les habitants de la décharge. C’est là que Junior va tenter sa chance en ville; le conte philosophique tourne alors au drame et le lecteur comprend que certains clichés ont lieu d’être car l’abjection du réel y trouve hélas un fidèle reflet.

L’Olympe des infortunes est un roman sur le malheur d’être au monde qui a toutes les apparences d’une parabole mais qui défend constamment la littéralité des propos. Le récit donne un droit de parole à ceux qui ont une lecture simple de leur environnement, une lecture au premier degré. Le ton y est d’une ironie décapante combinée à une tendresse vraie.

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