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Donna Leon

L’INCONNU DU GRAND CANAL

UNE ENQUÊTE DU COMMISSAIRE BRUNETTI

Trad. de l’américain par Gabriella Zimmerman
Calmann-Lévy, Paris, 2014
307 pages
29,95 $

« Brunetti subodorait depuis toujours que le moteur de la plupart des gens était la cupidité. » L’appât du gain sera donc le thème développé par Donna Leon dans cette 21e enquête du célèbre commissaire vénitien. Le polar se déroule comme d’habitude dans l’ombre des calli et aux bords des canali de la Serenissima, la plus belle cité du monde. Il y aura tout de même une incursion sur la terre ferme, dans certains lieux malfamés de l’industrielle et enfumée Mestre, précisément dans un abattoir dont les dirigeants ignorent ce que sont la morale et le sens de l’éthique.

Guido Brunetti identifie rapidement le cadavre retrouvé, « l’inconnu du Grand Canal », car celui-ci souffre de la rare maladie de Madelung, un trouble du métabolisme des graisses qui se traduit par une accumulation inhabituelle de dépôts de graisse autour du cou et des épaules. La suite n’est que routine policière.

Plus intéressants que la maladie du vétérinaire assassiné sont ses frasques récentes, ses relations extraconjugales menant à l’inévitable rupture avec sa famille, et ses besoins impérieux d’arrondir ses fins de mois en travaillant justement dans le fameux abattoir. Donna Leon ne nous épargnera aucun détail sur ce lieu infernal et décrira le processus de ces morts pitoyables avec les odeurs, couleurs et hurlements appropriés.

L’auteure a-t-elle voulu transformer ses lecteurs en végétariens ou végétaliens convaincus ? Les descriptions de l’abattage et de l’équarrissage des animaux sont difficilement supportables et nous ne pouvons que sympathiser avec le malheureux adjoint de Brunetti, son complice dans toutes ses enquêtes. « Vianello craqua le premier. Il passa devant Brunetti […] et chancela tel un ivrogne. » Nous aurions fait de même.

Brunetti, cet être généreux et cultivé, véritable honnête homme de la Renaissance, et sa sympathique équipe sauront bien entendu faire le lien entre l’abominable abattoir et une affaire sordide mettant en danger la santé publique de la Vénétie. Et la victime pourra enfin être conduite en paix à son dernier repos, célébrée par ses protégés de poils, d’écailles et de plumes.

En résumé, une enquête classique sans surprises et menée par Donna Leon avec son savoir-faire habituel.

Publié le 10 avril 2016 à 16 h 15 | Mis à jour le 7 avril 2016 à 12 h 36