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NUIT BLANCHE

La peur n’est jamais bonne conseillère.

C’est pourtant par elle que nous sommes dirigés, menés et, plus souvent qu’autrement, malmenés. Bien entendu, cette peur se cache sous un autre visage, un autre nom: l’obsession de la sécurité. Ou, plus précisément : l’illusion sécuritaire.

Maureen Webb, l’auteure de ce livre absolument captivant, est avocate et militante. Elle est également, et avant tout, mère et citoyenne. Aussi s’engage-t-elle, chapitre après chapitre, à dissiper l’illusion, à démonter les mensonges, l’hypocrisie du monde post-11 septembre. Un monde, avouons-le, digne d’un roman de Kafka. Un monde qui, bien qu’étant le nôtre, nous échappe de plus en plus, nous dépasse, nous trahit ‘ et, peut-être, qui sait, finira par nous tuer.

En s’appuyant d’une part sur des recherches extrêmement étoffées et d’autre part sur l’analyse de « cas » de réelles victimes de la chasse aux sorcières imposée depuis bientôt dix ans par le gouvernement étatsunien (un long chapitre est d’ailleurs consacré aux horreurs vécues en Syrie par Maher Arar), Maureen Webb explique et démontre avec clarté et précision les véritables enjeux de la prétendue guerre au terrorisme que mènent à l’unisson pratiquement tous les puissants de la planète. Accroissement inouï du pouvoir des exécutifs gouvernementaux, violation de la vie privée des citoyens, contrôle des populations migrantes, fichage, trafic d’informations plus que douteux, transferts d’individus d’un pays à l’autre, surveillance accrue des groupes dissidents, création de listes noires, torture et censure : en un mot, ce sont les fondements mêmes de la démocratie que les défenseurs de celle-ci attaquent, piétinent et pervertissent sans relâche et sans gêne.

Et, au rythme où les choses progressent, c’est à la mise en place de rien moins qu’un immense « goulag planétaire » que nous risquons d’assister bientôt. Et, si nous ne réagissons pas maintenant, nous en aurons tous été les complices béats.

L’illusion sécuritaire invite donc à la vigilance, appelle à l’inquiétude et à la responsabilité. Et nous en avons grandement besoin. Car lorsque la présomption d’innocence cède le pas à la présomption de culpabilité, c’est la primauté du droit qui fout le camp. Et, sans celle-ci, la vraie sécurité, c’est-à-dire le maintien des mécanismes et institutions visant à protéger nos libertés – entendre : les libertés de chacun – n’est plus, en effet, qu’illusion.

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