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Aline Apostolska

L’ÎLE NOIRE DE MARCO POLO

UNE AVANTURE DE JOSÉPHINE WATSON-FINN

Édito, Montréal, 2015
372 pages
24,95 $

Déjà auteure d’une œuvre aussi ample que diversifiée, Aline Apostolska aborde, avec ce bouquin, un genre littéraire qui lui était jusqu’ici étranger. Mieux encore, elle laisse entendre qu’elle veut y camper durablement : la couverture confesse, en effet, qu’il s’agit d’un « thriller historique » racontant « une aventure de Joséphine Watson-Finn ». On y lira forcément la promesse d’une récidive ; à en juger par l’impressionnante production de l’auteure, la récidive viendra vite.

Très tôt, Aline Apostolska hisse son couple-vedette au statut des êtres comblés et soustraits aux contraintes usuelles des humains. « Depuis son arrivée dans ce pays, elle est énervée, sinon vexée, par son incapacité à comprendre la langue, faute de posséder les références pour le faire. Ne parle-t-elle pas l’arabe, le latin et l’italien, le grec ancien et moderne, l’allemand, l’araméen et l’espagnol ? Et Terrence le chinois et le japonais, en plus, comme elle, du français et de l’anglais ? » Quelques compétences complémentaires se grefferont sur ce modeste (?) bagage : Joséphine peut plonger à cent mètres, tandis que son jeune fiancé, tout juste débarqué sur l’« île noire », concurrence en égal le gratin local du surf en eaux tumultueuses ; elle se plie de son mieux au « précepte de sa professeure de yoga tibétain, issu du bouddhisme »… Tant mieux pour eux, car ces divers talents suffiront à peine tout à l’heure.

Car l’odieuse conspiration que subodore Joséphine ne manque ni de cruauté ni d’envergure. James Bond se colletant avec le Spectre n’affrontait pas un adversaire plus redoutable que celui que défie Joséphine : l’exploitation lucrative d’un bizarre réseau de mères porteuses ne cessera que moyennant d’énormes risques pour Joséphine. Autour d’elle, on meurt beaucoup. Ce genre littéraire, Aline Apostolska l’a saisi, doit maintenir le lecteur dans la démesure : la montée aux extrêmes exige la surenchère.

En revanche, ce genre littéraire tolère mal les ralentissements, toujours perçus comme des apartés exaspérants. La romancière en limite heureusement les intrusions. Son flair professionnel la conduira à ne pas imiter dans son prochain thriller le hors-d’œuvre intime que s’accordent Joséphine et sa secrétaire par le truchement de Skype. Tout comme elle réservera à un autre versant de sa polyvalence son jugement sur la relève : « Les adolescents du monde entier forment aujourd’hui un ensemble unique et uniforme. Ils semblent nivelés et formatés par une culture planétaire en expansion, suffisamment réduite et vulgarisée, libérée de toute aspérité ».

L’auteure a déjà suffisamment prouvé l’ampleur de sa palette ; son prochain thriller fera sans doute cohabiter autrement la sociologie et le combat contre le Mal.

Publié le 29 septembre 2015 à 11 h 59 | Mis à jour le 6 octobre 2015 à 14 h 43