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Michel Morin

L’IDENTITÉ FUYANTE

Les Herbes rouges, Montréal, 2004
175 pages
16,95 $

Nous sommes en plein dans la mondialisation, dans l’ouverture des frontières qu’entraîne la rapidité toujours croissante des transports et des communications dans le monde d’aujourd’hui. Cela a des effets marquants, particulièrement, sur les plans culturel et artistique. On voit des Blancs chanter des « negro spirituals » et des Asiatiques maîtriser les harmonies de la grande musique occidentale. Qu’advient-il alors de l’identité tant recherchée, au cours du siècle écoulé, dans tout le monde « nouveau » et donc bien entendu au Québec ou, disons, au Canada français ?

Dans son dernier ouvrage, le cinquième, Michel Morin poursuit inlassablement une démarche entreprise par Hubert Aquin et qui a déclenché, dans le Québec des années 1960, tout un questionnement, tout un ensemble de réflexions philosophiques. L’ouvrage de Michel Morin est en effet fortement marqué par Aquin qui est cité à plusieurs reprises, démontrant ainsi que la pensée de cette gigantesque figure de la littérature québécoise est encore d’une actualité brûlante. L’influence d’Aquin se fait aussi sentir dans les fragments de longueurs variables que l’auteur utilise pour réorienter la réflexion sur des facteurs identitaires, tels que l’espace, l’histoire, la langue, les cultures, les institutions et la nation – si nation il devrait y avoir. Dans le Québec d’aujourd’hui, dans ce Québec « moderne », l’identité semble d’autant plus fuyante que ce passage à la modernité fut « si soudain et si radical que l’on se retrouva dans une réalité toute autre sans que le temps ou, si l’on préfère, l’espace intérieur ait été ménagé à la conscience pour qu’elle puisse y trouver ou re-trouver son chemin ».

Freud a dit que l’identité était ambivalente, au départ. Ceci semble correct dans la mesure où nous ne sommes pas un tout, identique pour tout le monde. La réflexion sur ce que serait éventuellement l’identité ne devrait-elle pas passer, dans ce cas, du collectif (national ou régional) à l’individuel ? Michel Morin n’apporte pas de réponse. Il stimule notre réflexion et rend ainsi le débat plus passionnant.

Publié le 2 juin 2005 à 13 h 23 | Mis à jour le 2 juin 2005 à 13 h 23