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NUIT BLANCHE

Après avoir lu en 2004 Le dégoût d’Horacio Castellanos Moya, auquel succédait La mort d’Olga Maria (que je lirai), j’étais demeurée perplexe : l’auteur fait preuve d’un incontestable talent de pasticheur, mais sait-il au moins inventer une voix qui lui soit propre ? Le narrateur du Dégoût se prenait en effet pour l’écrivain autrichien Thomas Bernhard dont il mimait jusqu’à la rage.

En fait, le talent d’Horacio Castellanos Moya réside dans une capacité peu commune de s’imprégner d’un langage, d’un univers, en particulier celui de la violence et de la corruption. Dans L’homme en arme, la réussite est totale. Avec Juan Alberto Garcia – Robocop pour les intimes -, l’écrivain nous invite à pénétrer dans le « merveilleux » monde de la guerre civile. En 1991, le personnage-narrateur, sergent d’un escadron de la mort au Salvador, est démobilisé après les accords de paix. Mais le problème, c’est qu’il aimait cet emploi, il s’y sentait utile. Quand on lui propose de se joindre à une armée secrète, il revit. Le coup foire, tant pis ; un groupe rival l’engage. Tant et si bien qu’au fil des événements qui passent de mal en pis, il finit par se mettre au service d’une cause à laquelle il n’adhère pas. Le plus fantastique dans toute cette histoire, c’est qu’il s’en sort sans une seule égratignure psychologique. Et le plus malheureux, c’est qu’on y croit. Il tue une femme devant ses enfants, se cure les ongles tachés du sang d’une victime, assassine sa maîtresse après lui avoir fait l’amour, et cela, comme n’importe quel acte de violence, s’inscrit dans la succession des jours et des nuits aux côtés des banalités quotidiennes. Sa famille le rejette… et l’on est presque désolé pour lui. C’est un homme, en somme, pris dans la tourmente des événements historiques, peu sentimental, mais pas trop stupide puisqu’il sait demeurer vivant. Un travail de maître de l’auteur salvadorien, qui démontre que la critique sociale peut demeurer littéraire et susciter chez le lecteur des sentiments on ne peut plus contradictoires.

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