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Numéro 164

Françoise Chandernagor

L’HOMME DE CÉSARÉE

Albin Michel, Paris, 2021
427 pages
34,95 $

Membre de l’Académie Goncourt, l’autrice d’une quinzaine de romans historiques s’intéresse, dans la trilogie La reine oubliée, à des personnages négligés par l’histoire officielle, parce que considérés comme secondaires. La reine oubliée au cœur de la trilogie n’est nulle autre que la fille de Marc Antoine et Cléopâtre. Elle s’appelle Cléopâtre Séléné, de la lignée Ptolémée d’Égypte défaite par Rome. Apparaissant d’abord dans Les enfants d’Alexandrie (2011), puis dans Les dames de Rome (2012), Séléné a vingt ans quand s’amorce le troisième tome, L’homme de Césarée.

Octave Auguste, dit le Prince et aussi le Grand Pontife, vient de destiner Séléné au roi de Maurétanie, Juba, vingt-huit ans. Cléopâtre Séléné et Juba ont tous deux passé leur enfance en exil à Rome, leur lignée ayant été anéantie lors des conquêtes romaines. Octave devenu empereur après l’assassinat de César récompense le courage militaire et l’étendue du savoir de Juba en le nommant roi de la Maurétanie (Maroc actuel et les trois quarts de l’Algérie), dont la capitale est Césarée (aujourd’hui Cherchell en Algérie).

La romancière reconstitue le cadre historique de l’Empire romain à ses débuts, par sa description des lieux, de certains us et coutumes, de comportements révélateurs de la mentalité de l’époque. En ressort le pouvoir sans appel exercé par Auguste, non seulement sur les territoires conquis, mais sur toute la famille impériale, ordonnant mariages, divorces et remariages selon ses intérêts. Auguste interdit la polygamie, mais favorise l’endogamie dans sa famille de sorte qu’il s’avère impossible d’en dresser un arbre généalogique, de constater l’écrivaine. Ce qu’a laissé Juba sur son passage, des écrits, des monnaies, justifie que l’on en fasse un roi intellectuel, amoureux des livres, un explorateur du continent africain également. Et bel homme, selon les témoignages de son époque. Là où l’Histoire reste silencieuse, par exemple sur la vie intime du couple royal Séléné-Juba, la romancière prend le relais, en ayant soin de respecter la vraisemblance. Elle raconte des tranches de leur vie, d’un mariage imposé à une relation d’amour. Ainsi, elle suit Séléné dans sa découverte du plaisir et de la volupté trois ans après son mariage. Elle lui prête un sens politique mis à profit dans sa participation à l’exercice du pouvoir royal. Cette Séléné qui se mêle également avec bonheur de l’architecture des constructions royales. Toutefois sa peine l’occupera tout entière quand une épidémie emportera trois de ses quatre enfants, dont deux jumeaux, les garçons sur qui elle comptait pour perpétuer sa lignée, celle de Ptolémée, et venger la mort de ses parents et de ses frères.

L’homme de Césarée, un roman qui instruit, dépayse et divertit, comme l’ensemble de l’œuvre d’une écrivaine dont la curiosité aiguisée, la verve et le talent de conteuse ne se démentent pas.

Publié le 16 novembre 2021 à 14 h 01 | Mis à jour le 16 novembre 2021 à 14 h 01