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NUIT BLANCHE

La Corriveau, Cordélia Viau… voilà les plus célèbres noms dans la longue liste de celles qui se sont livrées au « maricide », terme forgé par la criminologue Sylvie Frigon pour désigner le crime de l’épouse qui assassine son mari.

Si l’uxoricide (ou fémicide conjugal) commis par le conjoint qui tue sa femme passe à tort pour un crime passionnel sous la lentille déformante d’une mythologie romantique perverse, le meurtre perpétré par l’épouse dans la société patriarcale rencontre rarement la même indulgence. Lorsque la femme transgresse son rôle de soumise aimante et se révolte contre l’autorité masculine, son insurrection est vite matée par la justice et sévèrement punie. Il n’est pas nécessaire de remonter bien loin dans le temps pour constater que les mâles qui font la loi ou l’appliquent refusent de voir la femelle déroger de la trinité mère-vierge-putain ; ainsi, en 1995, le juge de l’affaire Tracy Théberge s’indignait : « La femme […] s’élève plus haut que l’homme. Mais […] lorsqu’elle décide de s’abaisser, la femme le fait hélas jusqu’à un niveau de bassesse que l’homme le plus vil ne saurait lui-même atteindre ».

Néanmoins, dans certaines causes de maricide ces dernières années au Canada, le syndrome de la femme battue est venu élargir le concept de légitime défense pour permettre d’affranchir les épouses homicides violentées. Sylvie Frigon en traite dans le second chapitre de son essai, à la suite d’un historique commenté, puis cède la parole aux conjointes meurtrières pour qu’elles se racontent.

Ce court livre mêlant habilement extraits de presse et d’actes légaux, témoignages et statistiques constitue une intéressante critique socio-historique de l’évolution de la justice en fonction des gens auxquels elle s’applique.

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