Criante d’actualité, cette histoire de migrants à la recherche de liberté et d’une certaine dignité frappe avec force l’imaginaire. La puissance du texte fait remonter mille images de situations similaires lues ou vues dans la presse écrite et télévisuelle, ou sur les réseaux sociaux. Intolérable déjà-vu de la bêtise humaine.
Née à Québec en 1974, la poète Judy Quinn signe en 2024 son quatrième roman, L’étoile de la montagne. La structure à rebours du récit est intrigante et demande au lecteur un certain effort, parfois une relecture, pour qu’il puisse bien comprendre et suivre l’action. Ainsi, les quatre chapitres numérotés 3, 2, 1, 0 montrent que le roman commence par la conclusion (3) pour se terminer par la genèse (0). L’écrivaine voulait-elle faire écho à l’errance sans but et sans fin des migrants ?
Quel cataclysme, politique ou climatique, quelle catastrophe naturelle avait poussé Irene et son enfant Mia sur des routes aussi dangereuses, elle qui ne se faisait plus guère d’illusions ? « Votre mère est peut-être seulement partie, avait dit l’agent alors qu’on ne comptait plus les cadavres abandonnés sur le bord des routes. »
L’intolérance et la tyrannie, autant de vagues systèmes politiques que de louches individus, ne sont pas toujours explicites au gré des chapitres, parfois simplement esquissées. On reconnaît pourtant chez les uns comme chez les autres des comportements despotiques, sans pitié aucune. Patrouilleurs, passeurs, gardiens, policiers, aujourd’hui comme hier, l’homme est un loup pour l’homme, c’est bien connu. « Sous la lumière, les décharges électriques, les menottes, les fourgons, dans les fourgons les blessés tirés par les cheveux ou les chevilles comme des mannequins. »
Au fil des pages, on s’inquiète, on craint pour la petite Mia, si fragile et parfois étonnamment forte, qu’Irene protège tant et plus ou est-ce plutôt le contraire, l’enfant qui veille sur sa mère ? « J’ai du sable dans les yeux ! a crié Mia. Elles sont tombées par terre à cause de la corde qu’elles tenaient encore. Des pick-up roulaient autour de leur groupe à une vingtaine de mètres. »
Quelques moments où, heureusement, au-delà de la torture, du viol, de la mort et de l’humiliation, l’espoir renaît : « Oh, oh, je ne suis pas méchant. Il a reculé et pointé la maison. J’habite là. […] Mon nom est Beck. Vous êtes bienvenues chez moi ».
Un jour, Irene et Mia arriveront non sans peine à l’hôtel L’Étoile de la montagne : « Au fond une grande baie vitrée donne sur la piscine, suivie d’une rangée de portes rappelant un motel de bord d’autoroute ». L’eau, celle de la piscine en fait, leur apportera-t-elle enfin la paix tant désirée ?
Judy Quinn a obtenu le prix Robert-Cliche en 2012 pour son premier roman Hunter s’est laissé couler. En 2010, elle avait reçu le premier prix, catégorie poésie, des Prix littéraires de Radio-Canada pour son recueil Six heures vingt puis, en 2012 aussi, le prix Félix-Antoine-Savard de poésie pour sa suite poétique Sur la piste des aveugles.