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NUIT BLANCHE

Trois années de travail à monter une exposition, qui devait s’intituler Les origines du monde.L’invention de la nature au XIXe siècle, portant sur les sciences de la nature et leurs rapports avec l’art au XIXe siècle.

Trois années à rechercher auprès de plusieurs institutions muséales comme auprès de collectionneurs privés des objets (près de 700) pour étoffer ce thème ; trois années à mobiliser la collaboration d’une trentaine de spécialistes pour replacer ces éléments dans le contexte scientifique et culturel du XIXe siècle avec, finalement, l’obligation d’annuler l’exposition pour cause de pandémie ; en pareil cas, on aurait envie de parler de ratage.

Du moins en ce qui concerne le Musée des beaux-arts de Montréal qui avait élaboré ce projet d’exposition conjointement avec le Musée d’Orsay de Paris. D’abord décalée de plusieurs mois à Paris et prévue à l’origine pour être présentée à Montréal au printemps 2021, elle n’avait pu – du fait de ce décalage – retrouver sa place dans la programmation du Musée. De ce demi-ratage, il nous reste heureusement un fort beau catalogue qui, s’il ne remplace pas l’expérience d’une déambulation attentive ou d’un contact direct avec les objets de l’exposition, ouvre assez de portes pour nourrir notre curiosité.

D’entrée de jeu, les promoteurs de l’exposition ont élargi le concept de « nature » pour y inclure non seulement les éléments qui composent la faune et la flore terrestres connues depuis longtemps à cette époque, mais aussi la faune et la flore marines dont les grandes expéditions scientifiques avaient élargi l’éventail des spécimens connus, sans oublier la géographie et la topographie, et en y incluant même la faune mythologique des centaures, sirènes et autres chimères. En outre, le XIXe siècle qu’embrassait l’exposition s’étirait de la fin du XVIIIe jusqu’au début du XXe siècle. On le voit, le programme était vaste tant par les champs examinés que par la durée de la période couverte.

De toutes les découvertes qui ont pu être faites au cours de ce siècle tant sur le plan de la connaissance de notre planète que sur celui des espèces végétales et animales qu’elle abrite, rien ne peut se comparer au séisme que fut la théorie de l’évolution exposée par Charles Darwin dans L’origine des espèces, paru en 1859. Parler de révolution intellectuelle constitue ici un euphémisme. Après Darwin, l’homme n’était plus le fils d’Adam comme on l’avait cru pendant des millénaires, mais descendait du singe. Le temps biblique n’était plus la mesure du vivant, le fossile « inventait » le temps long.Ù

Dès lors, il fallut non seulement revoir tout ce qu’on tenait pour certain concernant la nature, la transmission des caractères des espèces et leur origine, mais également remettre en question la place de l’homme dans la Création. Ainsi, la théorie darwinienne entraîna dans son sillage d’autres révolutions, tant sur les plans social et culturel que sur le plan philosophique.

À tous ces chamboulements, le catalogue fait écho à la fois par des commentaires copieux et d’une grande érudition, et par une riche iconographie qui en donne les illustrations les plus frappantes. De tout ce que nous aura privé la pandémie, l’exposition L’origine du monde. L’invention de la nature au XIXe siècle n’est peut-être pas l’essentiel, mais à parcourir le catalogue, on se dit que nous sommes tout de même passés à côté de quelque chose de majeur.

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