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Claude Corbo

LES JÉSUITES QUÉBÉCOIS ET LE COURS CLASSIQUE APRÈS 1945

Septentrion, Sillery, 2004
404 pages
28,45 $

Depuis la tenue du forum sur l’avenir de l’enseignement collégial en juin dernier, beaucoup d’encre a coulé, notamment sur la question d’une plus grande autonomie des cégeps et sur la pertinence d’imposer des cours de philosophie à tous les programmes, généraux et techniques confondus. Ainsi, le minutieux travail d’historien de l’ancien recteur de l’UQAM est plus d’actualité aujourd’hui qu’à sa parution, au début de cette année. En reconstituant la justification du cours classique à laquelle se sont adonnés les Jésuites au milieu du siècle dernier, Claude Corbo nous force à élargir notre vision trop souvent manichéenne des choses et à reconsidérer les bases mêmes de l’éducation moderne.

Le plaidoyer pour le cours classique s’organisait autour de sa fonction première : former une « élite d’humanistes chrétiens ». En effet, le cours classique, par sa difficulté, ne s’adressait qu’à une élite qui constituerait de 15 % à 20 % de la population. À l’époque, seuls 5 % à 10 % des adolescents le suivaient. Les Jésuites, loin de vouloir créer une aristocratie sclérosée, déploraient le fait que des sujets intellectuellement supérieurs en fussent écartés pour des raisons pécuniaires. Tout en étant favorables à une démocratisation de l’enseignement, les Jésuites défendaient avec ferveur le caractère privé et élitiste de leurs établissements : « Il faut bien se garder de confondre démocratisation et nivellement par le bas ».

Ceux qui ont eu la chance (ou la malchance ?) de naître après le Rapport Parent seront interloqués de constater d’une part, qu’outre l’apprentissage des langues anciennes, le cours classique embrassait des auteurs aussi difficiles que le sinueux Cicéron, le narquois Villon et l’austère Bossuet et d’autre part, que les auteurs des trois derniers siècles étaient proscrits, si ce n’est Claudel et quelques autres littérateurs apostoliques.

Comme les royalistes littéraires que furent Michelet, d’Aurevilly ou Proust, on ne peut qu’être charmé par cette grandeur révolue : en l’occurrence, le « chant du cygne » des Jésuites qu’a reconstitué Claude Corbo. Donc, un essai documenté et monolithique, peut-être un peu répétitif, mais dont la lecture est amplement justifiée, ne serait-ce que pour mieux comprendre, hormis son historicité, les enjeux intemporels de l’éducation.

Publié le 24 novembre 2004 à 11 h 03 | Mis à jour le 24 novembre 2004 à 11 h 03