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Les faits divers n'existent pas

Hugo Latulippe

LES FAITS DIVERS N’EXISTENT PAS

Druide, Montréal, 2013
138 pages
17,95 $

Martine Latulippe a, semble-t-il, deux passions : la littérature jeunesse et les nouvelles. Après avoir publié une quarantaine de titres pour les jeunes au cours des quinze dernières années, elle offre donc au grand public un premier recueil de nouvelles dont la plupart ont paru, depuis 1996, dans des collectifs, des revues littéraires et/ou ont été primées dans des concours. Ceux qui les ont déjà lues dans Alibis, Stop ou XYZ seront heureux de les retrouver réunies ici, accompagnées de quatre textes inédits, dans un recueil au titre ambigu : Les faits divers n’existent pas.

Inspirée par ces petits et grands drames de la vie quotidienne qu’affichent les journaux à pleine page, Martine Latulippe plonge en effet ses lecteurs dans un univers glauque, brutal où le désespoir, la folie et la mort sont monnaie courante mais où, en définitive, les mystères et les méandres de l’âme humaine prédominent. Au-delà des faits divers rapportés par les journalistes, il est toujours question de personnes pour qui, à un moment ou à un autre, et d’une façon ou d’une autre, la vie a basculé.

Secouée, coup sur coup, par l’abandon soudain de son amoureux et par une rude journée au travail, une femme marche dans les rues de la ville quand, terrorisée par un graffiti qui semble s’adresser à elle, elle fait basculer un simple passant dans la rivière… Au cours d’un vol routinier dans une maison qu’il croyait vide, un jeune voleur doit faire face à un choix… Inquiète du comportement un peu étrange d’un voisin « désinstitutionnalisé », une femme se méprend sur la véritable menace qui pèse sur elle… Tandis qu’il dort profondément, un homme ne soupçonne rien du drame qui se joue dans sa propre maison et aux conséquences qu’il devra affronter… Et puis, comme un éclair lumineux dans ce recueil sombre et dur, un vieil homme décidé à en finir découvrira, lors d’une visite, une nouvelle raison de continuer…

Le recueil aurait pu n’être que cela : sombre et dur. Mais, en donnant voix tour à tour à la victime, au malfaiteur, à l’assassin involontaire, au désespéré, Martine Latulippe, d’une écriture à la fois sensible et incisive, nous offre un parcours de l’autre côté du miroir. Cette variation constante de points de vue, toujours empathique, présente un très large spectre des misères et des égarements humains qui démontrent bien que les faits divers n’existent pas…

Seul petit bémol qui s’adresse à l’éditeur : l’absence de table des matières à ce recueil grand public très réussi.

Publié le 4 avril 2014 à 20 h 39 | Mis à jour le 4 avril 2014 à 20 h 39