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Jean-Yves Haine

LES ÉTATS-UNIS ONT-ILS BESOIN D’ALLIÉS ?

Payot, Paris, 2004
379 pages
39,95 $

Au moment où l’OTAN comme l’Union européenne élargissent leurs rangs pour inclure les adversaires d’autrefois, des universitaires s’interrogent sur le bien-fondé des alliances. Le politicologue Jean-Yves Haine en a fait l’objet de sa thèse en histoire des relations internationales et son livre, sous-titré Les États-Unis et leurs alliés européens, de la Guerre froide à l’Irak, examine sous un angle critique les nombreuses alliances effectuées depuis 60 ans par celui qui est toujours considéré comme le plus puissant pays du monde.

Le parcours d’Anne Legaré, auteure de l’essai Le Québec otage de ses alliés, est plus proche du témoignage. Parallèlement à une carrière à l’UQAM, cette diplomate a été représentante du Québec à Boston, à Washington et à Paris, où elle a pu observer les mœurs politiques des représentants du Québec et de leurs partenaires, sous l’œil réprobateur du grand frère fédéral. Ainsi, pour décrire la situation subie par les fonctionnaires québécois en poste au Bureau de Washington, Anne Legaré parle même d’une stratégie de désinformation orchestrée par la diplomatie canadienne, sur « la situation politique du Québec, les intentions des souverainistes, les activités de la représentante et celles du bureau du Québec [à Washington] ». Rumeurs, trahisons, faux amis parmi les diplomates américains : de nombreux exemples illustrent la collusion entre les autorités étrangères, soit étasuniennes et françaises, et le gouvernement canadien pour isoler le Québec, malgré la bonne foi des initiatives de ce dernier. Ce livre réussit à mettre en évidence les intérêts distincts du Québec, par exemple en matière de diversité culturelle, sur un continent où peu se préoccupent de la standardisation des produits culturels. L’expérience permet de théoriser ; la géographie n’est plus au centre des relations entre les États : ce sera désormais la culture.

Les deux livres abordent inévitablement la question irakienne. Pour Anne Legaré, la forte opposition québécoise à toute implication en Irak prouve une fois de plus son caractère différent, comparativement au reste du Canada ; pour Jean-Yves Haine, les alliances faites par les occupants servent à légitimer davantage une action contestée.

Publié le 5 octobre 2004 à 14 h 01 | Mis à jour le 8 novembre 2016 à 15 h 28