Les bêtes

Vincent Thibault

LES BÊTES

Pleine lune, Lachine, 2012
154 pages
20,95 $

Un grand plaisir, un magnifique moment de lecture que sont Les bêtes, une rafraîchissante saga d’à peine 150 pages. Vincent Thibault a écrit son court roman à la suite d’un séjour de deux ans à Chisasibi, village cri situé sur la rive sud de la Grande Rivière, dans le territoire d’Eeyou Istchee, Nord-du-Québec.

Chisasibi est donc l’âme et le cœur du singulier récit, un bouleversant chassé-croisé entre les principaux personnages. Tantôt l’un, tantôt l’autre, chacun des protagonistes raconte sa perception et sa vision du quotidien des Cris et des exilés « du sud », ainsi que des multiples animaux ou du Grand Nord lui-même.

Il y a l’ingénue Amélie, dentiste de son métier, et ses chiens, omniprésents : « Le ciel du Nord était vaste, sans limites, c’était un ciel, un vrai. Il était presque inconcevable qu’il s’agisse du même qu’ailleurs ». Et puis arrive bientôt Benoit, professeur blasé : « […] qu’est-ce que je vais foutre là-bas ? » Sont déjà sur place John, père perdu et dépressif, et son fils William. Et enfin, apparaît l’adolescent Antoine, « un aventurier détaché, un aventureux insouciant et plein d’humour, un genre de Tom Sawyer. […] un des rares Blancs de l’école ». Antoine, qui apprend à reconnaître et à combattre les démons enfouis dans l’alcool et la violence.

Les quatre récits sont entrecoupés des réflexions de l’Inuit Richie Akiak, le fantôme inspiré, « le seul à comprendre qu’il y a des pauvretés pires encore que le manque de ressources financières ». Celui qui croit en la puissance de la tendresse et qui l’exprime en poèmes : « […] sur la neige un brin d’amour trouvé, brin d’herbe saupoudré ».

Quand tout est bien en place, quand le lecteur pense avoir saisi la fragilité de chacun et le surprenant cadre de l’action, l’histoire chavire. Arrive alors le carcajou, et avec lui, l’angoisse, la perte, la douleur, la mort. Car le carcajou, une espèce de blaireau dont le nom dérive des dialectes micmac et montagnais, représente l’esprit maléfique. La légende n’affirme-t-elle pas : « Lorsque tu t’attardes sur son territoire, brise ton orgueil et fais tes prières : le carcajou te traque » ? Et tout bascule.

À lire du même auteur, les recueils de nouvelles Le secret fardeau de Munch (De Courberon, 2009), Les mémoires du docteur Wilkinson (Pleine lune, 2010) et La pureté (Septentrion, 2010).

Publié le 29 mars 2014 à 11 h 14 | Mis à jour le 12 novembre 2014 à 12 h 21