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Shlomo Sand

LE XXe SIÈCLE À L'ÉCRAN

Trad. de l'hébreu par Yaël Shneerson et Michel Bilis
Seuil, Paris, 2004
519 pages
52,95 $

Le livre considérable de Shlomo Sand synthétise un siècle de cinéma dans une chronique abondante, présentant plusieurs centaines de films américains, britanniques et européens, de l’époque du muet (Méliès) à nos jours. Au lieu d’une présentation chronologique ou encore d’un regroupement de films marquants dans chaque pays, l’auteur a préféré opter pour des regroupements thématiques centrés sur la politique (comme les films traitant de l’affaire Dreyfus) et les représentations des guerres, de la lutte des classes (Eisenstein), du fascisme (comme les films antisémites de propagande hitlérienne, mais aussi Le Dictateur de Chaplin et Lili Marleen, de Fassbinder). D’autres chapitres abordent la Shoah, des événements politiques (Les hommes du Président, JFK) et le tiers-monde. L’étude intègre aussi quelques documentaires importants.

Le cinéma n’est pas un reflet de la société, ni un révélateur magique de la réalité, et encore moins le miroir de l’histoire. Néanmoins, le film de fiction reconstruit indirectement un univers imaginaire faisant sans cesse référence à un monde réel, à des récits historiques, à certains points de vue, et ces représentations approximatives méritent d’être étudiées afin de saisir les manières dont l’histoire s’érige, avec ses partis pris, ses erreurs et parfois ses contradictions. En dépit de leur caractère subjectif et souvent imparfait, les films populaires servent à plusieurs de référence privilégiée pour concevoir les pages d’histoires les plus lointaines.

L’historien Shlomo Sand connaît bien les innombrables films qu’il commente, rappelant au passage leur réception critique et leur influence. Tous les films mentionnés comportent un bref résumé, ce qui permettra aux lecteurs n’ayant pas tout vu de suivre les intuitions de l’auteur.

Le XXe siècle à l’écran ne prétend pas offrir l’exhaustivité ni le caractère systématique d’une véritable histoire du cinéma à la Jean Mitry ou à la Georges Sadoul. Son intérêt se situe ailleurs : dans une fresque détaillée sur les imaginaires cinématographiques du vingtième siècle, alliant les pratiques culturelles des artisans du cinéma aux possibles significations idéologiques des œuvres. En ce sens, ce livre est une réussite admirable.

Publié le 18 février 2005 à 16 h 36 | Mis à jour le 30 juin 2015 à 10 h 43