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Numéro 98

Roland Barthes

LE SPORT ET LES HOMMES

Presses de l'Université de Montréal, Montréal, 2004
79 pages
14,95 $

La sortie de ce petit livre aurait pu prendre l’allure d’un événement : il s’agit en effet de la parution d’un texte inédit du grand sémioticien français Roland Barthes (1915-1980), probablement rédigé en 1961, et non inclus dans les éditions de ses œuvres complètes. Ce texte sur les significations symboliques du sport avait été rédigé à la demande de l’écrivain Hubert Aquin (1929-1977), alors scénariste-réalisateur à l’Office national du film, qui préparait son documentaire Le sport et les hommes (ONF, 1961). Le présent ouvrage contient le commentaire du film rédigé par Barthes, avec en annexe un bref extrait de la correspondance ayant précédé le projet, soit deux lettres d’Hubert Aquin adressées à Roland Barthes, tirées de son Journal posthume, publié en 1999.

Ce film proposait une réflexion sur le sport en tant que phénomène social et culturel, telle que la mèneront plus tard des universitaires éminents comme Toby Miller (Sportsex,Temple University Press, 2002). L’analyse de Roland Barthes portait sur cinq sports éminemment spectaculaires : la corrida, la course automobile, le cyclisme, le hockey, le football. Ici, le sport devient émotion, dramatisation, mise en scène, théâtre, récit, voire psychodrame. La préface confirme que Barthes est même venu au Forum de Montréal assister à une partie des Canadiens, d’où cette réflexion : « Qu’est-ce qu’un sport national ? C’est un sport qui surgit de la matière même d’une nation, c’est-à-dire de son sol et de son climat ».

« Qu’est-ce que le sport ? », écrivait Barthes, avant d’ajouter : « Le sport répond par une autre question : qui est le meilleur ? » Ce questionnement intuitif rappelle évidemment le style de Mythologies (1957), ouvrage d’une rare perfection. Le lecteur qui ne connaîtrait pas l’œuvre du théoricien devrait sans doute commencer par la découverte de Mythologies, qui contient 53 essais de ce genre au même prix que Le sport et les hommes.

Le travail éditorial est soigné, mais le texte reste très aéré : il n’équivaut en somme qu’à un article, au demeurant excellent. Les photographies incluses ici ne sont toutefois pas extraites du film, pour des raisons de droits d’auteur, ce qui est dommage. Souhaitons que cette édition incite l’ONF à mieux diffuser les œuvres cinématographiques d’Hubert Aquin.

Publié le 21 février 2005 à 10 h 45 | Mis à jour le 23 novembre 2014 à 17 h 27