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Sous la direction de Benoît Melançon

LE SAVOIR DES LIVRES

Presses de l'Université de Montréal, Montréal, 2005
126 pages
34,95 $

Ouvrage accessible se voulant un hommage à la lecture, Le savoir des livres regroupe trois conférences publiques données à Montréal en 2005. Dans le chapitre d’ouverture, Benoît Melançon médite sur les origines du livre savant, souvent sous-estimé, au carrefour des connaissances et des points de vue. En ce sens, les limites mêmes de l’Encyclopédie lui paraissent évidentes. « Livre de tous les livres, l’Encyclopédie devait être le livre de tous les savoirs. Mais des savoirs, accumulés dans le seul (dés)ordre alphabétique, ne font pas un savoir. »

Pour sa part, Christian Vandendorpe retrace l’évolution des supports de lecture, depuis les tablettes de l’Antiquité et le livre conçu par Gutenberg, jusqu’au journal et au magazine tels qu’ils apparaissent à la fin du XIXe siècle. Depuis un demi-siècle, on assiste à de nouvelles manières de concevoir la lecture, sinon le livre ; pensons à Mobile (1962) de Michel Butor, à la série « Le livre dont vous êtes le héros », sans oublier les procédés virtuels.

La contribution fort à propos de Michel Pierssens porte sur les revues savantes et les ouvrages universitaires. Rapidement, les préoccupations liées à l’argent surgissent, car malgré le prestige, les ventes moyennes d’un livre universitaire, « aux États-Unis comme en Europe, semblent bien être tombées aux alentours de 200 exemplaires ». Dans le chapitre précédent, Benoît Melançon remarquait à quel point les actes de colloques trouvent peu de lecteurs ; il écrivait pertinemment que « beaucoup de livres savants sont issus d’une thèse de doctorat ». Michel Pierssens résume ainsi ce paradoxe de la surabondance de livres universitaires que personne n’a le temps (ou le goût) de lire : « […] la demande est inexistante, mais l’offre plus abondante que jamais, carrière oblige ».

Dans la dernière partie, l’historien Yvan Lamonde évoque la genèse d’un projet collectif, les trois tomes de l’Histoire du livre et de l’imprimé au Canada (2004-2006). Il s’attarde à cerner le moment symbolique où une véritable littérature nationale commence à émerger, après un long colonialisme culturel, tant au Québec qu’au Canada anglais, autour de 1880. Comme dans les autres chapitres, on souligne le rôle essentiel des bibliothèques publiques et l’impact (pas forcément négatif) d’Internet. Ouvrage destiné au grand public, Le savoir des livres saura aussi instruire le lecteur plus aguerri.

Publié le 24 novembre 2005 à 21 h 01 | Mis à jour le 18 novembre 2014 à 16 h 57