Accueil > Commentaires de lecture > Essai > LE ROI DES JUIFS

Nick Tosches

LE ROI DES JUIFS

Trad. de l'américain par François Lasquin
Albin Michel, Paris, 2006
438 pages
31,95 $

Le roi des juifs prétend raconter la vie d’Arnold Rothstein, industriel du textile mêlé au jeu, à la drogue et à la politique dans le New York des années 1920. Loin de la biographie classique, l’ouvrage de Nick Tosches se présente comme un collage de propos érudits et de ragots sur l’histoire de New York, de lamentations sur l’asepsie de l’époque moderne et de soliloques sur la vie de l’auteur, de comptes rendus d’enquête et de reproductions d’articles de journaux. Surtout, il passe à la casserole tout ce qui a été écrit sur le sujet avant lui.

Le livre s’ouvre sur une brève histoire des dés et sur une fine analyse de l’évolution du terme Yahvé dans les versions primitives de la Bible. Sans transition, nous passons à des considérations savantes (intéressantes par ailleurs) sur l’immigration juive dans la Russie de la Grande Catherine d’abord et dans l’Amérique de Lincoln ensuite. Suivent de longues pages consacrées à la description des mSurs politiques, pas très kasher, de l’administration du New York d’alors. Puis Tosches nous fait visiter le Lower East Side, quartier de misère et haut lieu de la criminalité new-yorkaise. Entre-temps nous aurons appris deux ou trois choses sur Arnold Rothstein (dont ses innombrables déménagements et ceux de sa famille) et plus encore sur l’auteur lui-même. Même s’il perd souvent de vue son objet, reconnaissons que le biographe n’est pas sans culture et qu’il est incollable sur la petite histoire des milieux criminels dans la Grosse Pomme.

Écrivain buveur et amateur de drogues dans la lignée des Charles Bukowski, William Burroughs et autres Hunter S. Thompson, Nick Tosches s’est taillé une réputation de « grand » avec ses écrits sur le rock et le jazz. Réputation qui ne se trouvera pas conforté par ce livre. L’esbroufe qui perce partout sous le propos et la dispersion de la trame narrative rendent la lecture du Roi des juifs souvent agaçante, voire exaspérante. Quelqu’un devrait également rappeler à Tosches que le parti pris de l’irrespect et de l’inconvenance est aussi lassant que son contraire.

Publié le 17 juin 2006 à 17 h 10 | Mis à jour le 15 février 2015 à 8 h 17