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NUIT BLANCHE

Le bref règne du troisième empereur de la Rome antique, Caligula (de 37 à 41 après Jésus-Christ), arrière-petit-fils d’Auguste, est passé sans ambiguïté à l’histoire comme celui d’un être instable, pervers dans la cruauté, dépravé et dérangé au point de faire construire une écurie de marbre pour son cheval préféré.

Le roman de l’Italienne Maria Grazia Siliato, historienne des cultures antiques, présente un portrait beaucoup plus nuancé du jeune empereur assassiné à l’âge de 28 ans ; instable, ombrageux, impitoyable avec ses adversaires, certes, mais avec des circonstances sinon atténuantes, du moins explicatives, relate l’historienne, qui a suivi pas à pas les traces tangibles laissées sur cet homme qui apparaît au fil des pages comme un être raffiné et complexe, au-delà des récits partisans des chroniqueurs de l’époque, qui se sont attachés, selon le postulat de l’auteure, à entacher sa mémoire.

Élu à la mort de Tibère par des sénateurs soucieux de mettre à la tête de Rome un être malléable, Gaius, dit Caligula, surprend son entourage et se révèle au départ généreux, visionnaire sur certains plans, désireux aussi de bâtir de grandes œuvres. Cet amoureux de la philosophie et des arts deviendra très vite une menace pour ses adversaires par son désir de paix, nous démontre l’auteure. Affirmant son pouvoir, Caligula sera un être cruel aussi, mais en ceci tout à fait le produit de son temps, une période où la violence et la corruption rongent le pouvoir à tous les échelons.

Car dès sa tendre enfance, montre le roman, Caligula voit sa famille, parmi laquelle son illustre et très aimé père Germanicus, décimée par Rome. La vie de Caligula sera vouée à survivre parmi ceux qui ne songent qu’à l’abattre, à se venger, mais aussi une fois au pouvoir à ériger des temples majestueux à la mémoire des siens.

Dans un style parfois un peu lourd et tarabiscoté, traduit de l’italien par Nathalie Bauer (la traduction semble parfois un peu maladroite), Maria Grazia Siliato nous livre une histoire palpitante, capable de donner chair à une époque lointaine et à ses protagonistes, avec leurs émotions, leurs souffrances dans les guerres, les intrigues et les palais glaciaux, leur isolement dans des cours où les espions sont rois et où la mort peut surgir au détour d’un ragot rapporté à l’empereur. Instructif et prenant, sinon impeccable sur le plan de l’écriture.

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