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Pat Conroy

LE PRINCE DES MARÉES

Trad. de l’américain par Françoise Cartano
Albin Michel, Paris, 2019
752 pages
39,95 $

Tom Wingo, ex-entraîneur sportif et professeur de lettres dans un lycée de Charleston, en Caroline du Sud, apprend que sa sœur jumelle Savannah, une poète réputée, vient de faire une énième tentative de suicide. Il se rend aussitôt à son chevet à New York, mais comme elle est catatonique, c’est plutôt avec sa psychiatre, la Dre Susan Lowenstein, que Tom va devoir s’entretenir. Il entame alors le récit de la surprenante histoire de la famille Wingo.

Cette histoire, c’est d’abord celle d’une fratrie très soudée : Tom, sa jumelle Savannah et leur frère ainé Luke, qui traverseront ensemble une série d’épreuves ainsi que diverses aventures insolites, telles l’adoption d’un tigre de cirque et la capture d’un marsouin albinos. C’est aussi l’histoire de leurs parents et grands-parents : leur père Henry Wingo, un pêcheur de crevettes violent, qui ne cessa de caresser d’infructueux projets pour faire fortune ; leur mère Lila, mythomane d’une grande beauté, qui tenta par tous les moyens de s’élever au-dessus de sa condition ; leur grand-père Amos Wingo, le roi des vendeurs de bibles, connu à Colleton pour ses reconstitutions solitaires de la Passion du Christ chaque Vendredi saint ; leur grand-mère Tolitha qui, en plus de divorcer à une époque où nul ne divorçait, dilapida l’héritage de son second mari en faisant le tour du monde avant de retourner vivre auprès d’Amos. L’histoire des Wingo, enfin, est celle d’un terrifiant secret, qui pèse lourd dans le destin de chacun : la dépression de Tom, la folie de Savannah, la mort de Luke.

Ce récit rétrospectif, riche en rebondissements, n’est que l’une des deux séquences narratives que suit Conroy dans cet éblouissant et volumineux roman. L’autre trame, plus mince même si c’est celle qu’a privilégiée Barbra Streisand en 1991 dans son adaptation cinématographique du Prince des marées, concerne le présent de Tom : son idylle avec Lowenstein, les leçons de football qu’il donne au fils adolescent de celle-ci, Bernard, ses problèmes de couple avec Sallie… Associant très adroitement l’humour au récit de faits plus sombres, tels le viol, la violence domestique, le racisme et le deuil, ce roman, paru à l’origine en 1986, en impose par l’inventivité de l’auteur et le saisissant portrait – non seulement du clan Wingo, mais de l’Amérique sudiste – qui s’en dégage.

Publié le 25 août 2020 à 11 h 35 | Mis à jour le 25 août 2020 à 11 h 35