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Alain Pronkin

LE PLUS GRAND SECRET DU VATICAN

CRIMES SEXUELS ET ÉGLISE

Fides, Anjou, 2020
206 pages
18,99 $

On n’est pas sorti du confessionnal.

Devant un tel titre, on s’attend à une diatribe de la part d’un journaliste anticlérical frondeur prêt à rejouer les Bob Woodward et Carl Bernstein pour exposer les vilenies d’une institution décrépite qu’on aime tant honnir. On se retrouve plutôt face à un signataire qui se présente comme un « baptisé », et qui ne fait certes aucun cadeau à l’Église dans l’exposition des travers de ses usages et doctrines, mais qui le fait dans une optique de réforme et non de destruction, ce qui donne d’autant plus de poids à ses doléances.

Le livre se divise en trois parties : d’abord un compte rendu – l’auteur y était – de l’assemblée synodale du Vatican, tenue par le pape François en février 2019, sur la protection des mineurs dans les affaires d’agression sexuelle par des membres du clergé, ensuite un inventaire des principaux dossiers de prêtres et évêques incriminés dans des affaires de pédophilie ces dernières décennies, et enfin une critique de la position de l’Église canadienne.

Si la première partie ressemble un peu à un travail scolaire dont le style plat ne se dément malheureusement pas dans le reste de l’ouvrage, la deuxième section synthétise des données précises et précieuses qui s’avéreront utiles à quiconque cherche des faits. L’auteur prend notamment la peine non seulement de résumer efficacement les dossiers à charge, avec noms, dates, chiffres, circonstances et sources à l’appui, mais aussi d’expliquer comment sont traités ces dossiers – en principe et en pratique – dans l’institution ecclésiale, en citant généreusement des documents de droit canonique et en indiquant quels organes s’occupent de ces dossiers, de quelle manière, selon quelles traditions, et avec quelles têtes. La culture de l’« omerta » constitue le reproche numéro un de l’auteur au Vatican, mais les autres causes fondamentales du problème – des plus banales aux plus inavouables – y sont aussi analysées.

Quant à la troisième partie, l’auteur ne se gêne pas pour y dénoncer un épiscopat canadien encore trop frileux malgré ses déclarations d’ouverture sur le drame des victimes et la nécessité d’une réforme : « […] du Ponce Pilate à son meilleur : ne rien dire, ne rien trancher ».

En fait, pour l’auteur, l’Église est encore loin d’être à la hauteur des attentes des « baptisés » (justice, transparence, charité), et malgré les dégâts considérables subis à ce jour, elle n’est probablement pas au bout de ses peines : « Plusieurs nouveaux scandales surgiront dans le futur, […] la bombe annoncée pour l’Asie éclatera sous peu, ainsi que le scandale des religieuses et des femmes abusées, sans compter tous les enfants de prêtres qui se manifestent ».

Publié le 25 août 2020 à 15 h 10 | Mis à jour le 25 août 2020 à 15 h 10