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NUIT BLANCHE

Jeune médecin de Québec que le décès de ses parents a laissé sans attaches, Eugène s’enrôle dans l’armée canadienne lors de la Deuxième Guerre mondiale et se retrouve en Sicile dès le début de la campagne d’Italie. Après d’âpres combats qui ont presque anéanti un village et alors qu’il traîne derrière la troupe, il est irrésistiblement attiré par des gémissements provenant d’une maison en ruine. Une vieille femme le supplie alors de sauver la vie de sa fille blessée par des éclats de bombe. Au matin, en signe de profonde reconnaissance, la femme lui fait cadeau d’un masque étrusque rapporté de Toscane par son père. Dès lors, la vie d’Eugène s’articulera autour du mystère des origines du masque. Démobilisé, il s’installera à Naples où, entre deux rendez-vous amoureux avec Anna, il entreprendra sa quête auprès d’une comtesse italienne férue de civilisation étrusque.

Le masque, assure-t-on à Eugène, est maléfique. Faut-il ajouter foi à cette légende ? Le jeune médecin québécois est sceptique. Mais alors pourquoi Anna lui a-t-elle dit sur le quai de la gare, à Naples, que le maléfice commençait avec son départ pour Paris ? Et les mauvaises nouvelles qu’il reçoit un jour de Rome ont-elles aussi un lien avec le masque ? Et pourquoi Théo, le fils à qui Eugène a confié la responsabilité de découvrir la vérité, se retrouve-t-il des années plus tard au cœur d’une intrigue dont il a bien du mal à démêler les fils entre Québec, Paris et Florence ?

Après plusieurs recueils de nouvelles, un essai, un récit et de nombreuses traductions d’œuvres littéraires de l’anglais et de l’espagnol, Louis Jolicœur propose ici un premier roman qui, dès le début, capte l’intérêt du lecteur. Le premier chapitre, au rythme un peu plus lent, se clôt par l’entrée en scène de ce qui s’avère le personnage principal : ce fameux masque étrusque donné par la villageoise sicilienne. Dès lors, le rythme s’accélère, les chapitres déboulent, entraînant le lecteur dans le sillage d’Eugène pour une première moitié du roman puis dans celui de son fils Théo à Naples, à Paris, à Rome, à Québec et enfin à Florence. Et le lecteur suit, happé, intrigué par cette quête mystérieuse dont il n’aura le fin mot qu’aux dernières pages.

Mais cette histoire se déroulant sur de nombreuses décennies laisse aussi une curieuse impression. Tout se contredit : le rythme accéléré de l’écriture et le temps du récit (1943 à 2008), le style assuré de l’auteur et la personnalité hésitante, réticente aux engagements d’Eugène de même que les contours flous des personnages, une structure organisée autour de lieux géographiques qui pourtant sont à peine esquissés. Empruntant au roman d’aventures, Le masque étrusque, qu’on pourrait qualifier de fable sur l’imposture, est centré essentiellement sur les recherches du père et du fils alors que les personnages, en fait, ne servent qu’à amener la quête, balisée par des lieux aux noms évocateurs, dans de nouvelles directions. Il devient alors un peu difficile de se sentir vraiment interpellé par les présumés questionnements intérieurs d’Eugène et par les motivations de Théo à reprendre la recherche de vérité du père. Néanmoins, le lecteur aura passé un très bon moment de lecture.

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