Accueil > Commentaires de lecture > Fiction > LE JOUEUR DE QUILLES

Alain Beaulieu

LE JOUEUR DE QUILLES

Québec Amérique, Montréal, 2004
264 pages
22,95 $

L’auteur possède un sens inouï du détail. Il décrit avec précision les lieux et nous dit avec justesse les sentiments qui traversent ses personnages. L’action se déroule à Québec. Les références sont claires et l’auteur montre encore une fois qu’il est enfant de cette ville. Le langage est vernaculaire quand il le faut. Rien de tout cela, cependant, ne parvient à enfermer le récit. En effet, les situations sont d’une actualité saisissante, les personnages sont de partout. Heureusement qu’il nous dit, à la fin du livre que « toute ressemblance avec des gens et des faits réels ne peut être que le fruit du hasard » car, au fil des pages, se développe l’impression d’avoir rencontré ces hommes et ces femmes dans un bus, dans un café, au boulot ou encore, et pourquoi pas, chez soi, dans sa propre ville.

Le texte et marqué par des séquences rythmées. L’auteur est tantôt romancier, tantôt enquêteur, tantôt biographe. La construction du roman est donc faite de ruptures qui intelligemment captent l’intérêt. Cet intérêt est maintenu par une intrigue. On attend de savoir qui est ce joueur de quilles annoncé dans le titre. D’entrée de jeu, on découvre un homme qui entre dans la vie du narrateur, un jour où celui-ci vit un moment particulier. Au fil des pages, on s’étonne avec lui, puis on partage sa fascination. « [ ] je ne peux pas nier, dit-il, que je retrouve chez lui une manière d’être qui me rejoint. » « Une sorte de connivence, une forme d’aisance mutuelle » s’installent entre eux. Le narrateur ajoute que cela vient sans doute de leurs références communes. Mais, il s’interroge. Dans quoi s’est-il donc embarqué ? Sa conscience professionnelle mise en doute, il en vient presque à en douter lui-même, mais sa curiosité l’entraîne.

Nous découvrons à travers ce récit des faits troublants. Se peut-il que tout cela se cache dans la Vieille Capitale « un brin prétentieuse sur son promontoire ». Le narrateur interroge son interlocuteur pour mieux comprendre et mieux nous faire comprendre. Les choses alors prennent un tournant bouleversant et l’on n’est point surpris de son désarroi devant la vérité, qui, bien entendu, n’arrive qu’à la fin. Et encore ! Est-ce la vérité ? La question hantera, toute sa vie, l’écrivain né de cette œuvre de pure fiction.

Publié le 21 février 2005 à 15 h 45 | Mis à jour le 23 novembre 2014 à 19 h 47