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Linda Mcquaig

LE GRAND BANQUET

LA SUPRÉMATIE DE LA CUPIDITÉ ET DE L'APPÂT DU GAIN

Écosociété, Montréal, 2004
316 pages
29 $

Linda McQuaig, journaliste canadienne-anglaise, est connue dans le Rest Of Canada en tant que dénonciatrice des excès du système capitaliste. En 1995, notamment, elle publiait un brillant réquisitoire contre la lutte au déficit public alors promue par Paul Martin, ministre des Finances. Et voici que Linda McQuaig remet ça. J’en avais l’eau à la bouche. Malheureusement son propos est ici bien moins percutant. Elle tente de démontrer que le monopole de l’homo economicus, défini par Adam Smith et Karl Marx, est relativement récent et définitivement déficient.

L’essai de Linda McQuaig porte sur Karl Polanyi (1886-1964), une figure méconnue de l’histoire économique et politique de l’Occident. L’homme a vécu une grande partie de sa vie dans Vienne la Rouge de l’entre-deux-guerres. Avec son épouse Ilona Duczynski, militante radicale d’origine hongroise, il travaille à l’établissement du socialisme jusqu’à la prise du pouvoir par les nazis. Ensemble alors ils émigrent au Canada où ils vivront jusqu’à leur mort. L’œuvre de Polanyi consiste en l’étude de tout ce qui, dans l’histoire de l’humanité, contredit l’idéologie de l’homo economicus. Il étudie comment les motivations sociales, culturelles ou autres sont aussi déterminantes que l’égoïsme et l’appât du gain dans ce qui fait bouger le monde. McQuaig montre comment Polanyi a eu une influence durable sinon dominante sur l’intelligentsia de gauche canadienne. Cela est fort intéressant.

Si son récit de la vie et de la contribution de Polanyi permet de faire connaître une figure méconnue et importante pour la compréhension de la société de notre temps, il en est autrement de son analyse de la dynamique sociale actuelle, qui, elle, va dans toutes les directions. Des militants antimondialisation opposés à l’ALENA et l’OMC, au long réquisitoire contre le thuriféraire de l’économie de marché Dinesh D’Souza de l’American Enterprise Institute, elle n’arrive pas à rendre cohérente son explication du monde et sa dénonciation des excès du capitalisme. Sa dénonciation des instances internationales qui règlent la vie des populations sans leur demander leur avis, malheureusement, manque de conviction. On y fait la connaissance d’un grand intellectuel du XXe siècle, mais la critique du monde capitaliste de notre temps reste limitée.

Publié le 21 février 2005 à 14 h 45 | Mis à jour le 21 février 2005 à 14 h 45