Accueil > Commentaires de lecture > Essai > LE CONTRÔLE DE LA PAROLE

André Schiffrin

LE CONTRÔLE DE LA PAROLE

L'ÉDITION SANS ÉDITEURS, SUITE

Trad. de l’anglais par Éric Hazan
La Fabrique, Paris, 2005
91 pages
22,95 $

André Schiffrin est éditeur aux États-Unis depuis près de 40 ans (autrefois pour Pantheon Books, et depuis 1991 pour The New Press). Comme dans son ouvrage précédent (L’édition sans éditeurs, 1999), traduit dans vingt pays, André Schiffrin milite pour la diversité culturelle et contre l’homogénéisation, en revendiquant un paysage d’éditeurs indépendants, qui ne risquent pas d’être avalés par un conglomérat. Or, depuis une dizaine d’années, on assiste à une forme de concentration dans le monde de l’édition, aux États-Unis, en France et au Québec.

Dans ce livre bref, l’auteur décrit avec beaucoup d’exemples la dynamique des conglomérats actuels et explique les conséquences de cette tendance, qui réduit l’offre culturelle et la circulation des idées alternatives. Dans plusieurs pays, la cohabitation d’une multitude de maisons d’éditions n’est qu’apparente puisqu’en réalité elles appartiennent – les plus visibles du moins – à seulement une poignée de méga-corporations : par exemple les groupes Hachette, Gallimard, Seuil, Flammarion et Presses de la Cité, pour le cas de la France.

Que ce soit pour les livres, les films ou la télévision, le constat d’André Schiffrin reste le même : la logique marchande prédomine et conséquemment, la qualité baisse lorsqu’on examine les titres les plus en vue. Triste illustration de cette pensée : la déclaration du président de TF1, affirmant que « le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola à vendre son produit. Or, pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible ».

On pense parfois à Noam Chomsky en lisant André Schiffrin, bien que ce dernier ne soit pas fondamentalement un antiaméricain. Il se distingue de beaucoup d’essayistes en proposant des solutions, des alternatives à cette course aux profits à court terme dans le monde des idées. Ainsi : peut-on nationaliser la diffusion de la culture pour laisser une place aux petits joueurs ? Ou en confier la gestion à des fondations sans but lucratif ? Est-ce que la rentabilité des livres dépend de leur qualité ? Ce livre clair et fort à propos fournira quelques réponses stimulantes.

Publié le 18 septembre 2005 à 20 h 52 | Mis à jour le 12 février 2015 à 17 h 27