Numéro 104

Jeanne Demers

LE CONTE

DU MYTHE À LA LÉGENDE URBAINE

Québec Amérique, Montréal, 2005
142 pages
16,95 $

« Il était une fois » : la formule consacrée à peine prononcée, des images saisissantes surgissent, images d’ogres tirées de nos rêves d’enfance, d’animaux maîtrisant la parole, sans parler des princes et princesses plus grands que nature. C’est dire à quel point les contes habitent notre imaginaire, eux qui parfois conditionnent notre pensée à notre insu et apparaissent là où ils ne sont pas attendus – dans la publicité ou au cinéma, par exemple. Jeanne Demers s’est penchée sur ce sujet et le résultat de son exploration, l’ouvrage intitulé Le conte, Du mythe à la légende urbaine, présente un intéressant tour d’horizon des particularités du genre et permet de situer celui-ci par rapport à d’autres genres auxquels il est parfois amalgamé (le mythe, la fable, la nouvelle et, plus récemment, la légende urbaine). Le but de l’auteure est clair et jamais elle n’en déroge : « [F]aire le point sur le conte », de manière à en « éclairer les multiples réalisations ». À vrai dire, le livre de Jeanne Demers s’adresse davantage au lecteur profane qu’au spécialiste ; il comporte néanmoins une réflexion rigoureuse sur un sujet qui gagne à être redécouvert.

L’auteure n’hésite pas à se situer par rapport à la critique traditionnelle et à proposer une avenue de recherche nouvelle : elle a choisi, dans un premier temps, d’explorer divers concepts liés au conte – notamment l’action de raconter, les variantes et les versions, l’effet-conte -, concepts qui lui permettent ensuite de forger une définition du conte ainsi que la notion d’Archiconte, sorte d’ « invariant » par rapport auquel tout conte se trouverait en position « de réalisation, de modification ou de transgression selon le vouloir et l’audace du conteur ». Les références littéraires et cinématographiques appuient avec brio les questions abordées et les extraits de contes arrivent toujours à point nommé pour étayer une idée, tandis que les illustrations, pour la plupart appropriées, donnent au livre une facture attrayante. Si nulle table des matières n’accompagne l’ouvrage – lequel n’est pas non plus constitué de chapitres -, chaque section n’en est pas moins nettement indiquée par un paragraphe écrit en caractères gras et formé de questions qui guident la réflexion à venir.

 

Publié le 23 septembre 2006 à 12 h 16 | Mis à jour le 20 décembre 2014 à 17 h 34